Dans la foulée de la découverte d’une fosse commune sur le site d’un ancien pensionnat autochtone en Colombie-Britannique, tant à Québec qu’à Ottawa, les politiciens nous ont offert des réponses de… politiciens.

Alexandre Sirois
Alexandre Sirois La Presse

Leurs déclarations se déclinent généralement en deux temps.

D’abord, les élus se disent choqués et bouleversés par le drame. Ils rappellent à quel point il s’agit d’un « épisode douloureux de notre histoire » qu’on ne doit pas oublier. Une « honte nationale ».

Ils ont entièrement raison.

PHOTO CHAD HIPOLITO, LA PRESSE CANADIENNE

Des chaussures d’enfants ont été déposées sur les marches du parlement de la Colombie-Britannique à la mémoire des 215 enfants autochtones dont les restes ont été découverts à Kamloops.

Ensuite, ils promettent d’agir. Bien sûr. Affirmer le contraire serait un non-sens.

Mais une réponse plus honnête aurait aussi dû inclure un aveu d’échec.

Comment se fait-il que malgré les nombreux témoignages, commissions, enquêtes, recommandations et appels à l’action, le dossier des enfants disparus et des cimetières des pensionnats ait si peu progressé ?

Agir ? On veut bien, mais ce n’est pas la première fois qu’on fait de telles promesses et il y a longtemps qu’agir aurait dû être une priorité.

D’ailleurs, une réponse satisfaisante nous aurait également permis de savoir dans le détail ce qui sera fait concrètement pour qu’enfin les familles et communautés autochtones ne soient plus « hantées par le sort de leurs proches et l’ignorance de leur lieu de sépulture ».

C’était l’un des constats de la Commission de vérité et réconciliation. Le rapport final contenait plusieurs recommandations à ce sujet. On demandait notamment au gouvernement fédéral de travailler avec l’Église pour « informer les familles des enfants qui sont décédés dans les pensionnats du lieu de sépulture de ces enfants ».

Ce rapport date de… 2015.

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Un des problèmes, bien sûr, c’est que les priorités du gouvernement reflètent le plus souvent celles de leurs électeurs.

Or, les questions autochtones ne sont jamais en tête de liste.

Les drames nous émeuvent, mais généralement pas assez pour que nos gouvernements se sentent pressés d’agir avec fermeté.

Avec une obligation de résultat, aussi. Et ça, c’est un autre problème de taille.

Prenez par exemple le plan J’ai espoir, du ministre Ian Lafrenière. Il vise à répondre à certaines des recommandations faites, notamment, par la commission Viens sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec.

Mais on n’a pas prévu de mécanisme qui permettrait de suivre la mise en application des diverses initiatives, a déploré l’opposition le mois dernier.

On avait fait le même reproche à Ottawa dans la foulée de la Commission de vérité et réconciliation.

Certains avaient plaidé pour l’ajout d’un mécanisme visant à faire état, chaque année, des progrès du gouvernement fédéral quant aux diverses recommandations. Incluant celles sur les pensionnats.

En vain.

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Parlant de recommandations qui ne sont pas suivies par nos élus, on s’étonne aussi de voir que Québec s’obstine à refuser la demande faite cette semaine par le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard.

Il a suggéré d’élargir la portée du projet de loi 79 — qui va permettre aux familles d’enfants autochtones disparus ou morts dans un établissement de santé d’avoir accès aux informations détenues par l’État — pour y inclure la « réalité des pensionnats ».

Les partis de l’opposition l’ont soutenu. Mais Ian Lafrenière a déclaré que s’il disait oui, il ferait ça sur le dos des familles.

Vraiment ?

Les souhaits des familles n’ont-ils pas été exprimés clairement, ces dernières années, par les diverses enquêtes et commissions ?

La marche à suivre n’est-elle pas déjà claire ?

Entendons-nous bien : le projet de loi 79 est important, il faut le souligner.

Mais l’électrochoc causé par la découverte des restes de 215 enfants autochtones devrait nous pousser à déployer rapidement tous les moyens possibles et imaginables pour aller une fois pour toutes au fond des choses.

Cela fait maintenant 13 ans que le premier ministre Stephen Harper a présenté ses excuses aux Autochtones pour les mauvais traitements subis dans des pensionnats fédéraux.

Treize ans d’atermoiements et de demi-mesures sur cette question.

Ça commence à être franchement gênant.