La vaste partie de poker qui se joue depuis plus d’un an entre le gouvernement Legault et ses 550 000 employés montre enfin des signes de déblocage.

Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse

Le gouvernement s’est entendu pendant le week-end avec l’une des grandes centrales syndicales, la FTQ. Il faut espérer que cette avancée significative conduise rapidement à des ententes avec les autres groupes.

Pour en maximiser les chances, il serait dans l’intérêt des deux camps de cesser de politiser cette négociation en tentant de mettre le public de leur côté.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Manifestation de travailleurs de la construction en avril dernier à Montréal

Cette négociation a en effet donné lieu à un déplorable matraquage publicitaire, tant de la part des syndicats que du gouvernement. On savait déjà que le marketing servait à vendre des voitures, des croustilles et de la bière. On a constaté qu’il peut aussi être utilisé pour faire la promotion d’offres patronales et de revendications syndicales.

À la radio, notamment, les deux camps ont multiplié les messages publicitaires pour tenter de gagner la sympathie du public. L’exercice semble (enfin !) s’essouffler. Les périodes de diffusion des grandes campagnes intersyndicales sont terminées, et le gouvernement s’interroge sur la pertinence de continuer.

Il y a plusieurs raisons de souhaiter que ces armes de diffusion massive soient rangées pour de bon.

D’abord, il s’agit d’une utilisation très discutable de l’argent des contribuables et des cotisations syndicales. Ni le gouvernement ni les centrales syndicales n’ont accepté de nous dévoiler les sommes investies en publicité. Mais ces fonds auraient assurément pu être utilisés à meilleur escient.

Ensuite, ces publicités ratent leur cible. Il est impossible pour le grand public de cerner des enjeux complexes à partir d’un message de 30 secondes. Et on peut parier que ces publicités partisanes suscitent beaucoup plus d’agacement que de sympathie.

Finalement, ces démonstrations nuisent aux négociations.

« Les campagnes de publicité annoncent une politisation des relations de travail. Et la politisation des relations de travail éloigne les acteurs sociaux des véritables enjeux de la négociation », estime Jean-Claude Bernatchez, expert en relations de travail à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Les centrales syndicales plaident qu’elles devaient se tourner vers la publicité pour contrebalancer l’immense tribune dont dispose le gouvernement, surtout en temps de pandémie. Attaqué publiquement, ce dernier affirme avoir dû répliquer pour rétablir certains faits.

On peut comprendre tout cela. Mais il reste que ce jeu de « c’est lui qui a commencé » manque cruellement de maturité. Ce n’est peut-être pas un hasard si les négos débloquent au moment où les pubs se taisent…

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Ceux qui ont l’habitude des grandes négociations entre le gouvernement et le secteur public ne retrouvent pas leurs repères historiques. C’est que les tribunaux ont récemment redéfini les règles du jeu.

En 2015, dans « l’arrêt Saskatchewan », la Cour suprême a statué que le droit de grève est protégé par la Charte canadienne des droits et libertés. En 2017, les syndicats québécois se sont appuyés sur ce jugement pour faire élargir leurs droits de grève par le Tribunal administratif du travail.

Il fut une époque où le gouvernement attendait que les syndicats perdent la sympathie du public en allant trop loin dans leurs moyens de pression. Puis il jouait les sauveurs en forçant le retour au travail par une loi spéciale.

Mais cette ère est révolue. Le droit de grève étant mieux protégé, le recours aux lois spéciales est plus délicat. C’est donc un nouveau tango que dansent le gouvernement provincial et les centrales syndicales.

On peut espérer que l’entente avec la FTQ signifie qu’ils ont trouvé une façon d’accorder leurs pas. Les gains historiques conclus par les enseignants vont dans le même sens.

Dans tous les cas, rappelons aux deux partenaires que c’est toujours plus facile quand on se concentre sur la danse que lorsqu’on se plaint à la foule que l’autre nous écrase le pied.