Quarante-deux ans. Voilà depuis combien de temps Montréal désire prolonger la ligne bleue du métro. Ce sont trois générations de citoyens du nord-est de Montréal à qui l’on parle de ce projet depuis qu’ils sont au berceau. Un projet qui avance à pas de tortue.

Laura-Julie Perreault
Laura-Julie Perreault La Presse

Et juste au moment où la tortue semblait s’approcher de la ligne, qu’un projet de cinq stations sur un tracé de 5,8 km est prêt à aller de l’avant, que plus de 200 personnes travaillent à temps plein pour le réaliser, on apprend que la bête a de nombreuses épines dans le pied.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Montréal désire prolonger la ligne bleue du métro depuis 42 ans, rappelle Laura-Julie Perreault.

Les délais s’allongent. Sous-évaluées, ayant trop tardé, les expropriations sont en voie de coûter trois fois plus cher que prévu.

La facture du projet a gonflé comme une balloune en trois ans, passant de 3,9 milliards en 2018 à 6,1 milliards cette année. Et chaque mois qui passe empire la situation de 15 millions.

Notre collègue Maxime Bergeron a aussi révélé que la Société de transport de Montréal (STM), qui est le maître d’œuvre du projet, n’en peut plus de la gouvernance du projet qu’elle doit traîner comme un fardeau et qui ralentit d’autant plus son travail.

Elle doit composer avec 14 comités qui « œuvrent à différents niveaux », qui se dédoublent parfois et qui ne communiquent pas efficacement, a décrié la STM dans un mémoire en forme de sonnette d’alarme qu’elle a fait parvenir au gouvernement provincial en novembre dernier. La tortue a beau être vaillante et vouloir arriver à bon port, sa carapace est devenue une enclume.

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Le gouvernement a fini par répondre à l’appel. Le mois dernier, un « comité d’action » a été créé. Rassemblant les acteurs centraux du dossier, qu’ils soient à la STM, à la Ville de Montréal, au ministère des Transports ou à l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), ce comité a jusqu’à la fin juin pour proposer un projet mis à jour. Le gouvernement demande au comité de ramener la facture du projet à ce qu’il était l’an passé, en 2020, soit à 4,5 milliards, une coupe de 1,6 milliard. C’est beaucoup.

Espérons maintenant que ce comité trouvera des solutions rapidement pour atténuer la hausse des coûts et pour donner un coup de fouet au projet sans pour autant le dénaturer, plutôt que de devenir une énième entité qui aura son mot à dire et alourdira le processus.

Mercredi déjà, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a laissé savoir que la Ville ne veut pas d’une station de moins, un des scénarios évoqués pour réduire les coûts, qui serait crève-cœur. Cette dernière propose plutôt d’aller chercher des revenus en construisant de nouveaux pôles d’habitation autour des nouvelles stations de métro. Dans un contexte de pénurie de logements abordables et de logements sociaux, cette idée semble doublement prometteuse et mérite qu’on s’y attarde.

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Du côté de la gouvernance, il est impossible de ne pas penser au contraste entre le rythme lancinant du prolongement de la ligne bleue du métro et la cadence du projet du Réseau express métropolitain (REM) de l’Est de la Caisse de dépôt et placement du Québec qui est sur la voie rapide. Cette dernière a les coudées franches pour faire avancer la préparation des travaux et pour procéder aux expropriations nécessaires. Et tout ça grâce aux mesures spéciales adoptées par le gouvernement. C’est le jour et la nuit.

S’il n’est pas nécessaire de transformer la tortue en lièvre, il y a assurément lieu de repenser les tâches de chacun pour que les quatre pattes marchent au diapason et qu’il y ait une seule tête directrice. Après 42 ans en chemin, la tortue a bien droit à une petite poussée dans le dos pour traverser la ligne d’arrivée.