Parmi les syndicalistes avec lesquels Québec croise souvent le fer, Sylvain Mallette est probablement celui dont la réputation se rapproche le plus de celle de l’ancien joueur des Nordiques Dale Hunter.

Alexandre Sirois
Alexandre Sirois La Presse

Les partisans du Canadien, vous vous en souviendrez peut-être, considéraient cet athlète talentueux, mais pugnace, comme le poil à gratter de leur équipe préférée.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Les enseignants qui se trouvent au dernier échelon recevront 91 116 $ par année à partir d’avril 2022, plutôt que 82 585 $.

Aussi, quand Sylvain Mallette fait une sortie publique pour affirmer que le gouvernement du Québec vient de proposer un contrat de travail historique aux enseignants de la province, on se dit qu’il n’y a que deux explications possibles…

1. Soit le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) ramollit.

2. Soit on parle d’avancées véritables, qui méritent qu’on s’y arrête.

C’est vrai que je suis pugnace, mais je sais aussi reconnaître les bons coups. J’ai dit que c’est une entente qui allait marquer la profession enseignante, autant sur le plan salarial que sur celui des conditions de travail.

Sylvain Mallette, président de la FAE

C’est donc la deuxième explication qui est la bonne. Et elle a été confirmée par le fait que 88 % des membres de la FAE ont approuvé l’entente.

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Examinons d’abord la rémunération. Québec n’a pas éliminé les six premiers échelons salariaux comme promis, mais la hausse du salaire prévu à l’entrée dans la profession est substantielle. Il va passer de 46 000 $ à 53 000 $ annuellement.

Et les enseignants qui se trouvent au dernier échelon recevront 91 116 $ par année à partir d’avril 2022, plutôt que 82 585 $. Ils atteignent presque la moyenne canadienne, qui oscille autour de 92 000 $.

Au total, on parle d’une bonification de plus d’un milliard de dollars sur trois ans.

Sur le plan des conditions de travail, ce qui frappe les esprits, c’est la reconnaissance de l’autonomie professionnelle des enseignants. Ces deux mots apparaissent pour la première fois dans le contrat de travail et on fait des gestes qui vont dans ce sens.

On offre par exemple plus de souplesse aux enseignants dans la gestion de leur temps de travail à l’école. On va par ailleurs leur permettre de faire à la maison deux de leurs cinq heures de tâches de nature personnelle. Et les enseignants du primaire n’auront plus à surveiller lors des récréations et pourront passer plus de temps à encadrer leurs élèves.

On ne va pas prétendre que tout devient rose. Ce n’est pas le cas. La preuve en est, d’ailleurs, que les dirigeants de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) disent rester sur leur faim.

Ils estiment notamment que la tâche des enseignants n’a pas été suffisamment allégée et ils souhaitaient une réduction chiffrée du nombre d’élèves par enseignant dans les classes où il y a un grand nombre d’élèves en difficulté.

N’empêche, ce que vient de proposer le gouvernement caquiste aux enseignants montre que ses bottines suivent ses babines.

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Ce n’est pas d’hier que la CAQ dit vouloir faire de l’éducation une priorité.

Non seulement le premier ministre avait promis un « redressement national » en éducation dans son discours inaugural, mais cette idée remonte carrément aux débuts de la formation politique.

C’est vrai, le parcours du parti dans ce secteur clé est imparfait. Il ne mériterait pas un A. Le ministre Jean-François Roberge, on le sait, s’est mis les pieds dans les plats plus d’une fois — le dernier exemple étant sa gestion de la qualité de l’air dans les écoles.

Mais ce que le gouvernement vient de proposer aux enseignants dans le but de revaloriser leur profession — sachant très bien que ce sont les élèves qui, au final, vont en bénéficier — confirme que la volonté de changer les choses pour le mieux, de façon structurante, est réelle.

N’oublions pas qu’en début de mandat, des investissements majeurs ont été annoncés dans les infrastructures scolaires. Et voici qu’on fait la même chose, mais cette fois sur le plan des ressources humaines.

Redressement national ? Gardons la tête froide. On n’y est pas encore. Les inégalités se creusent et le décrochage demeure préoccupant.

Mais on est assurément en train de décourber un secteur qu’on a laissé, par négligence, se déformer pendant trop longtemps.

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