Le conflit au port de Montréal a trop duré. Bien sûr, il aurait été préférable d’en arriver à une entente. Mais comme Ottawa a tardé avant d’agir, il n’a plus le choix d’imposer une loi spéciale pour forcer le retour au travail que réclament haut et fort les gouvernements québécois et ontarien.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

On ne peut pas laisser cette nouvelle grève, déclenchée lundi matin, paralyser l’économie. Déjà, l’été dernier, un conflit de travail de 19 jours avait causé des pertes de 600 millions de dollars à l’économie.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

« On ne peut pas laisser cette nouvelle grève, déclenchée lundi matin, paralyser l’économie », écrit notre éditorialiste.

Tout ça n’a rien donné. Et on se retrouve dans le même mélodrame.

À travers l’est du pays, une foule d’entreprises qui se relevaient à peine des ruptures de stock causées par la pandémie s’arrachent les cheveux. Les consommateurs en feront les frais. Vous attendiez de la céramique ? Un vélo ? Des meubles de jardin ? Prenez votre mal en patience.

Cela fait presque deux ans et demi que la convention collective des débardeurs du port de Montréal est échue. En utilisant les articles 105 et 107 du Code canadien du travail, Ottawa aurait pu intervenir de manière exceptionnelle en forçant une médiation à l’issue de laquelle un arbitre aurait tranché les questions non résolues.

Cette méthode aurait eu le mérite de donner une ultime chance aux parties d’en arriver à une entente. Mais ce n’est plus la peine d’y penser, car Ottawa devrait accoucher d’une loi spéciale dès aujourd’hui. Après avoir sorti la batte de baseball, il ne peut pas revenir en arrière avec une tapette à mouches.

Or, le NPD, qui a permis au gouvernement minoritaire de survivre jusqu’ici, n’a pas l’intention d’appuyer une loi spéciale qui entraverait les droits des travailleurs. Le Bloc québécois n’est pas plus chaud à l’idée.

Et même si les conservateurs donnent leur aval, comme ils semblent disposés à le faire, on ne peut pas s’attendre à ce que la loi entre en vigueur avant la fin de la semaine.

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Malheureusement, cette loi spéciale ne mettra qu’un diachylon sur la plaie.

Plus tôt que tard, la convention de travail devra être renégociée. Et on se retrouvera encore dans le même rapport de force étrange à cause de la structure du port de Montréal.

Il faut savoir que le port n’est pas l’employeur des débardeurs. Un peu comme un centre d’achat, il se contente d’offrir les installations, sans gérer lui-même les boutiques.

Le vrai patron des débardeurs, c’est l’Association des employeurs maritimes, une organisation à but non lucratif qui regroupe les cinq plus grandes lignes maritimes au monde — de féroces concurrents — ainsi que trois opérateurs de terminaux.

Quand l’employeur morcelé s’assoit à la table de négociation, il ne parle donc pas d’une seule voix au puissant syndicat des débardeurs, qui n’a pas l’habitude de faire dans la dentelle. Rappelez-vous que son président a eu la délicatesse de demander à la mairesse de Montréal de « fermer sa gueule » récemment.

Le syndicat a le gros bout du bâton, sachant que le port est un service public et un actif stratégique pour l’économie. Mais est-ce un service essentiel ? La Cour fédérale a répondu non, sauf que le jugement est en appel.

Peu importe la décision finale, rien n’empêche Ottawa de légiférer, comme il l’a fait en 2010 pour rendre essentiels tous les produits destinés à Terre-Neuve qui transitent par le port de Montréal.

Si l’ensemble des activités du port devenaient un service essentiel, on éviterait les grèves et les mélodrames à répétition, tout en permettant aux débardeurs de négocier des conditions de travail qui tiennent la route, pensez seulement aux pompiers et aux policiers.

Déjà, les débardeurs ne sont pas à plaindre, eux qui gagnent 126 000 $ par année en travaillant 5 h 20 min par jour. Il est vrai qu’ils doivent être disponibles 19 jours sur 21, au gré de l’arrivée des navires. Pas facile pour la conciliation travail-famille, disent-ils.

Bien sûr. Mais on a plus de sympathie pour les infirmières qui font des heures supplémentaires forcées.