Ils souffrent d’hypertension, de diabète, de maladies respiratoires, d’anémie.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

En principe, ça devrait être à leur tour de se faire vacciner contre la COVID-19. Sauf qu’une grande partie de ces gens est tombée entre deux chaises et ne parvient pas à obtenir de rendez-vous.

D’un point de vue humain, c’est troublant. D’un point de vue logistique, c’est contre-productif. Notre objectif ultime est de protéger notre capacité hospitalière. Or, ces malades ont beaucoup plus de risques d’être hospitalisés s’ils contractent le virus.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a promis de présenter jeudi un plan pour que les gens atteints de maladies chroniques cessent enfin de se buter à des portes closes. Il y a ajouté les personnes souffrant de handicaps physiques ou intellectuels, une excellente initiative.

M. Dubé a prononcé le mot « empathie » à plusieurs reprises lors du point de presse. Cela faisait du bien à entendre. Parce que ce plan n’arrivera pas un jour trop tôt.

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Au bout du fil, la voix de Marilou Gougeon faiblit.

« Excusez-moi si ma voix est un peu étrange, j’ai de la difficulté à respirer. J’ai eu une chirurgie et j’ai un affaissement des poumons », explique-t-elle.

Mme Gougeon est en rémission d’un cancer du col de l’utérus que les médecins croyaient incurable. La COVID-19 l’inquiète et on peut la comprendre. Avec sa santé fragile et ses difficultés respiratoires, la dernière chose dont elle a besoin est d’attraper la COVID-19. Et comme elle se balade de cliniques en hôpitaux, elle se sent exposée au virus.

Mais Marilou Gougeon n’entre encore dans aucune case.

Pour l’instant, seules les personnes greffées, sévèrement immunosupprimées, souffrant d’insuffisance rénale ou recevant des traitements de chimiothérapie et de radiothérapie peuvent recevoir le vaccin. Ces gens sont vaccinés directement à l’hôpital.

Comme Mme Gougeon ne reçoit plus de traitements contre le cancer, son oncologue lui a refusé la vaccination.

En point de presse, la semaine dernière, le ministre de la Santé Christian Dubé a invité les gens comme elle à se faire vacciner en pharmacie.

L’idée n’était pas mauvaise. Les pharmaciens sont bien placés pour évaluer la condition physique des patients. Le hic : ils n’ont jamais reçu beaucoup de doses… et n’en ont pratiquement plus. Le vaccin de Moderna qu’ils utilisent est frappé de retards de livraison, et les pharmacies ne sont pas équipées pour manipuler celui de Pfizer.

L’AstraZeneca ? Mme Gougeon est trop jeune pour le recevoir, même avec l’abaissement de l’âge à 45 ans annoncé mardi.

Bref, comme des milliers de malades dans sa situation, elle attend. Malgré son statut prioritaire.

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Convenons que le gouvernement doit jongler avec une situation sans cesse changeante. La pénurie du vaccin de Moderna était impossible à prévoir, et c’est maintenant celui de Pfizer qui arrivera à un rythme plus élevé que prévu. C’est donc lui qui sera offert aux malades chroniques.

Cela veut dire qu’il faudra sans doute faire preuve de solidarité. Nous tous.

Le vaccin de Pfizer est distribué dans de grands centres comme le Stade olympique. Contrairement à une pharmacie, il peut y être difficile de vérifier si une personne souffre bel et bien de la maladie ou du handicap qu’elle prétend avoir. Exiger des preuves monopoliserait des employés de la santé déjà occupés. Et risquerait de ralentir le rythme de vaccination.

Il faudra donc sans doute se fier à la bonne foi des citoyens.

Il y aura assurément des tricheurs. Mais si l’autre option est de ne rien mettre en place pour vacciner les malades en priorité, c’est un moindre mal.

Parions que si on leur demande, les Québécois en santé auront la décence d’attendre quelques semaines pour que les plus vulnérables passent devant eux.