On n’accordera pas la note de passage au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, dans sa gestion de la qualité de l’air dans les écoles. À voir comment il a procédé, on dirait que son objectif était surtout de rassurer les familles plutôt que de mesurer véritablement les risques de transmission de la COVID-19 dans les classes. Sauf que, loin de rassurer les parents, les tests de gaz carbonique (CO2) menés dans les écoles sèment l’inquiétude.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

À la base, le protocole utilisé pour mesurer la quantité CO2 dans les écoles était critiquable. Mais voilà qu’une enquête de Radio-Canada nous apprend que ce protocole n’a pas été suivi dans la majorité des cas, de manière à produire des résultats moins alarmants. Pourtant, ce n’est pas le temps de minimiser les problèmes, car les écoles sont la deuxième source d’éclosions de COVID-19, avec 24 % des cas au Québec.

C’est là qu'il faut être vigilant, bien avant les lieux extérieurs où le gouvernement a été obligé de rétropédaler après avoir édicté des règles confuses sur le port du masque.

Mais restons dans les écoles, où les règles entourant les tests de CO2 sont aussi très difficiles à suivre. Le protocole élaboré par les ingénieurs du ministère de l’Éducation – et non par la Santé publique – exige que trois mesures de CO2 soient prises dans les classes. La première, avant le début des cours, en l’absence des élèves. La deuxième, au milieu du cours, en présence des élèves. Et la dernière, après avoir ouvert les fenêtres pendant 20 minutes en présence des élèves. Le Ministère fait ensuite la moyenne de ces trois mesures pour arriver avec un résultat final qui ne donne donc pas un juste portrait de la situation que vivent les enfants tout au long de la semaine.

Au cabinet du ministre, on assure toutefois qu’il agit dès que l’une des trois mesures dépasse le seuil acceptable. Tant mieux. Reste que tout cela a été bien mal présenté. Et puis, sur le terrain, le protocole a été interprété de manière très large, ce qui fausse les résultats. Dans certaines écoles, par exemple, le technicien a pris sa deuxième mesure une minute après la première, plutôt que d’attendre le milieu du cours. À d’autres endroits, toutes les mesures ont été prises avec les fenêtres ouvertes. Normal, justifie le Ministère : si l’école a l’habitude de laisser constamment une fenêtre ouverte, les données recueillies reflètent ainsi le quotidien de la classe.

Mais avec autant de flou et de laxisme dans les tests, ça devient du n’importe quoi. Et les tests n’auront rien d’uniforme d’une école à l’autre.

Le plus désolant, c’est que l’heure n’est plus au diagnostic, mais aux remèdes. Répétons-le : Québec a fait preuve d’une terrible lenteur dans ce dossier. Dire que les premières questions à propos de la qualité de l’air dans les écoles ont été posées dès l’été dernier ! Mais il a fallu un temps fou pour obtenir un premier rapport en janvier recommandant des tests.

On est rendu en avril et les résultats ne sont toujours pas disponibles. On peut quand même se réjouir que certaines solutions aient finalement été mises de l’avant, comme le port du masque, qui est obligatoire pour tous les élèves depuis le 8 mars en zone rouge et depuis le 12 avril en zone orange. Aussi, le ministère de l’Éducation a expédié une centaine d’échangeurs d’air dans des écoles problématiques. Et il s’est constitué une réserve d’échangeurs pour intervenir plus rapidement si des locaux affichent des taux de CO2 trop élevés. Ce n’est pas trop tôt : la fin de l’année scolaire est presque arrivée.