Allocations familiales mensuelles. Maternelle 4 ans. Garderies abordables. Ces concepts-là sont familiers au Québec. Aux États-Unis, ils sont pour le moment un rêve pour la grande majorité de la population. Mais ce rêve peut rapidement devenir une réalité à laquelle le Québec pourrait, à sa manière, contribuer.

Laura-Julie Perreault Laura-Julie Perreault
La Presse

Dans le cadre de sa relance de l’économie post-pandémie, Joe Biden, veut investir près de 775 milliards dans les services offerts aux familles et aux enfants au cours des 10 prochaines années. Des sommes sans précédent dans ce domaine.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

« Joe Biden veut investir près de 775 milliards dans les services offerts aux familles et aux enfants au cours des 10 prochaines années », écrit notre éditorialiste.

Il est temps. Notre voisin du Sud peut bien se vanter d’avoir la plus grande économie au monde, on y trouve plus de pauvreté infantile qu’au Mexique et en Russie, selon un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de 2019. Ouch.

Une allocation familiale récurrente, qui a fait ses preuves ici, pourrait couper en deux ce chiffre pas mal honteux, selon des chercheurs de l’Université Columbia. Le président américain estime qu’il faut aller dans cette direction. Fort bien.

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Comme le reste du Canada qui songe à s’inspirer du modèle québécois, Joe Biden peut aussi regarder dans la cour du Québec pour voir l’impact de l’établissement d’un réseau de garderies abordables sur l’emploi au féminin, un des grands perdants de la pandémie.

Des études québécoises récentes démontrent que la diminution des frais de garde fait grimper de manière notable la participation des femmes sur le marché du travail et surtout des mères de famille qui déclarent moins de 40 000 $ de revenus par année.

En 2019, avant la pandémie, le taux d’emploi des mères d’enfants de moins de 5 ans au Québec était supérieur de 17 % à celui aux États-Unis. Une sacrée différence.

Il est aussi démontré que les mesures mises en place au Québec dans les années 1990 permettent aux mamans de tout-petits de travailler de moins longues heures par semaine. Ça tombe sous le sens. Si on n’a pas à hypothéquer sa maison pour payer la garderie, on peut davantage limiter sa semaine de travail pour concilier boulot et famille.

La province a déjà aussi un programme de visite à domicile chez les futurs parents vulnérables, programme qu’envisage de mettre en place le géant américain.

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Le Québec semble donc particulièrement bien placé pour aider le gouvernement américain à revoir ses politiques familiales en partageant ses bons coups, bien sûr, mais aussi ses mauvais.

Dans cette dernière catégorie, pensons notamment à la pénurie de places dans les centres de la petite enfance, victimes de leur succès. Ou aux grands écarts de qualité entre diverses installations qui ont un impact sur le bien-être des enfants à long terme. Ou encore aux ratés du guichet unique pour trouver une place en garderie, la Place 0-5 ans.

Nous avons après tout 25 ans d’avance en la matière, avec ce que ça implique de succès et d’écueils.

Un tel partage des leçons apprises serait d’ailleurs un beau retour d’ascenseur. Le modèle québécois a été bâti en partie en se basant sur les recherches américaines en matière de petite enfance. Les programmes Head Start au sud de la frontière, consacrés à certains enfants de milieux défavorisés, sont à l’origine même du modèle éducatif et social de nos CPE. Mais depuis, l’élève est allé beaucoup plus loin que le maître.

La direction de la protection de la jeunesse s’inspire aussi d’études et de pratiques américaines pour aiguiller une partie de ses interventions auprès des enfants les plus vulnérables.

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Est-ce que les Américains voudront de nos conseils ? Ça reste à voir. Tous ceux qui connaissent bien les États-Unis savent que le pays de l’oncle Sam, convaincu de son exceptionnalisme, n’a pas tendance à chercher des solutions au-delà de ses frontières. Par contre, ça ne coûte pas cher d’essayer. D’autant qu’au sein de l’administration Biden, on a plusieurs alliés qui connaissent bien le Canada, voire le Québec et qui croient aux vertus du multilatéralisme et de la politique comparée.

À long terme, nous avons tout intérêt à donner un coup de pouce à ce qui ressemble à une vraie petite révolution pour les familles au sud de la frontière. Éventuellement, l’expérience américaine nourrira la nôtre. Les enfants seront les grands gagnants.