Devant la crise des CHSLD, le printemps dernier, François Legault a décidé de donner un véritable électrochoc au réseau. Il a réclamé le recrutement et la formation de 10 000 préposés aux bénéficiaires en l’espace de quelques mois.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

C’était jugé invraisemblable. Et pourtant, on l’a fait. Et on a sauvé les CHSLD.

Allons-y donc d’une suggestion, alors qu’on est en train de préparer, à Québec, des « rendez-vous pour la réussite éducative » dans le but de réfléchir à « l’éducation au-delà de la pandémie ».

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

« On le répète depuis des années dans le milieu de l’éducation : ça prendrait un plancher minimum de services professionnels garantis dans toutes les écoles », écrit notre éditorialiste.

Et si le premier ministre trouvait maintenant une façon de donner un électrochoc au réseau de l’éducation ?

Il a toujours soutenu que l’éducation était à ses yeux un enjeu fondamental – il avait carrément promis que ce serait la « priorité nationale ». Mais il y a encore une grande, très grande marge entre d’un côté cette ambition et de l’autre les gestes posés jusqu’ici par la CAQ et leur impact dans le réseau.

Avant même la pandémie, les problèmes de nos jeunes en matière d’apprentissage et de réussite étaient criants.

Avant même la pandémie, on avait du mal à attirer des enseignants dans le réseau et à les garder. Même chose du côté des professionnels (orthopédagogues, psychologues, psychoéducateurs, etc.), dont l’apport est indéniable, mais trop souvent sous-estimé.

Puis la COVID-19 a frappé.

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La situation, forcément, s’est détériorée au cours de la dernière année. Pas partout. Il y a de bons et de moins bons centres de services scolaires. Mais globalement, c’est préoccupant.

Trop de jeunes vont mal. Sur le plan des apprentissages, ça va moins bien qu’au moment où ça n’allait déjà pas très bien. Et sur le plan de la santé mentale, c’est inquiétant.

Trop d’enseignants et de professionnels qui tiennent le réseau à bout de bras sont à bout de forces. On leur dit en haut lieu à quel point leur profession doit être valorisée, mais on ne fait à peu près rien pour le démontrer.

Résultat : ils continuent de quitter ou de vouloir quitter le réseau. On croirait qu’ils ont entendu le sorcier Gandalf, du Seigneur des anneaux, leur crier : fuyez, pauvres fous !

Un exemple parmi d’autres : en février, la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec a sondé un peu plus de 3000 de ses 10 000 membres. Plus du tiers (34 %) ont dit songer à quitter leur emploi dans le réseau, pour une autre raison que le départ à la retraite.

Chez les orthophonistes, on parle de 38 %. Et chez les psychologues, tenez-vous bien, de 43 %.

Ce n’est pas d’un simple pansement que le réseau de l’éducation a besoin, c’est d’une transfusion sanguine ou d’une opération en chirurgie cardiaque.

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C’est « complètement irréaliste », s’est dit l’an dernier le directeur de cabinet de la ministre de la Santé d’alors, Danielle McCann, lorsque François Legault a annoncé son souhait de former 10 000 préposés aux bénéficiaires en un temps record et de les payer 26 $ de l’heure.

> (Re)lisez le texte d’Isabelle Hachey 

C’est exactement ce dont le milieu de l’éducation aurait besoin : rendre possible ce qu’on croit impossible, mais qui pourtant est jugé essentiel.

Dans ce cas-ci, c’est le bien-être et la réussite de nos jeunes qui sont en jeu.

On ne sait pas ce qui va se dire lors des rendez-vous pour la réussite éducative à la fin du mois. Ce sera une consultation, sur deux jours, des partenaires du ministère de l’Éducation. Un exercice qui, hélas, va se dérouler derrière des portes closes (si on pense que l’éducation est l’affaire de tous, pourquoi ne pas jouer la carte de la transparence ?).

On va très certainement discuter du programme du tutorat qui est en train de se mettre en place. Une riche idée, à ne pas en douter. Mais à voir les hoquets de la machine alors qu’on tente de déployer l’initiative, on comprend qu’elle ne sera pas suffisante.

Il faudra trouver d’autres solutions novatrices pour aider les jeunes qui ont pris du retard en raison de la pandémie. Implanter des camps pédagogiques cet été avec plus de succès que l’an dernier, par exemple. Et mieux impliquer les organismes communautaires qui pourraient prêter main-forte.

Les principaux acteurs du milieu ont certainement d’autres idées géniales en la matière.

Il est aussi de plus en plus urgent de trouver des façons de valoriser les professeurs et d’améliorer leurs conditions de travail. L’ère des vœux pieux a assez duré.

Et il faut se préoccuper des conditions des professionnels du réseau et, de façon urgente, trouver des renforts.

On le répète depuis des années dans le milieu de l’éducation : ça prendrait un plancher minimum de services professionnels garantis dans toutes les écoles. Pas en 2025 et encore moins dans la semaine des quatre jeudis. Pourquoi pas dès l’automne prochain ?

Complètement irréaliste ?

Peut-être. Mais on sait maintenant que ça peut être à la fois irréaliste… et faisable !