Non, il n’est pas facile de suivre le plan de vol d’Ottawa dans le transport aérien depuis le début de la pandémie. Les passagers attendent toujours un remboursement pour les vols annulés et les transporteurs en détresse, une bouée de sauvetage.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Après avoir laissé l’industrie aérienne à elle-même, Ottawa a finalement donné son feu vert à l’acquisition de Transat A.T. par Air Canada, jeudi, soulevant l’ire du Bloc québécois et du NPD.

À ce stade-ci, le gouvernement aurait été bien malvenu de bloquer la fusion, ce qui aurait pu signer l’arrêt de mort de Transat, un fleuron du Québec.

Dans les circonstances, c’était la moins mauvaise décision.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le gouvernement fédéral a donné jeudi son feu vert à l’acquisition de Transat A.T. par Air Canada.

Il est vrai qu’une offre d’achat concurrente avait été déposée par Pierre Karl Péladeau. Mais ne s’aventure pas qui veut dans le transport aérien. Les marges bénéficiaires sont minces. Il faut une expertise pointue.

Avec la pandémie, la consolidation pourrait s’accélérer. Justement, les activités de transport aérien de Sunwing ont fait l’objet d’une offre d’achat, ces derniers jours.

Certains supputent que l’acquéreur serait WestJet, propriété d’Onex Corp, dont le patron a déjà tenté d’acquérir Air Canada à la fin des années 90. Après avoir béni le mariage Air Canada-Transat, le fédéral aurait du mal à refuser ces nouvelles noces. Et les Canadiens se retrouveraient à nouveau face à un duopole.

Mais pas besoin de s’avancer si loin pour prédire que les passagers vont casquer.

Le commissaire à la concurrence du Canada a déjà statué que la fusion d’Air Canada et Transat aurait « des effets anticoncurrentiels considérables en raison de l’élimination de la rivalité » entre les deux joueurs.

Il y a donc des augmentations de prix et des réductions de liaisons à l’horizon, malgré les conditions imposées par Ottawa à la transaction, qui doit encore être approuvée par les autorités européennes.

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Malheureusement, le fédéral semble toujours un coup en retard dans le dossier du transport aérien, depuis le début de la pandémie.

À Noël, par exemple, il a laissé partir dans le Sud les Canadiens attirés par les aubaines que les agences de voyages publiaient depuis des mois… malgré la recommandation d’éviter les voyages non essentiels.

Puis le 31 décembre, coup de théâtre : Ottawa a exigé en catastrophe que tous les voyageurs rentrant au pays fournissent un test de COVID-19, laissant à peine quelques jours aux transporteurs pour s’adapter.

Improvisation, vous dites ?

Puis, cédant à la pression des provinces, Ottawa a exigé, il y a deux semaines, l’arrêt des vols vers le Sud et l’imposition d’une quarantaine à l’hôtel, à partir du 22 février, pour les voyageurs qui reviennent de l’étranger.

Ces nouvelles restrictions ont déclenché une nouvelle vague de mises à pied : 1500 chez Air Canada qui a rapporté vendredi une perte monstre de 4,6 milliards pour 2020.

Plus que jamais, l’industrie est en crise. Mais le plan d’aide annoncé par l’ancien ministre des Transports Marc Garneau en novembre se fait toujours attendre.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Le nouveau ministre Omar Alghabra, arrivé en poste il y a seulement un mois, doit mettre les moteurs à fond. On peut être optimiste, à en croire le patron d’Air Canada qui s’est dit pour la première fois « très encouragé » par les discussions avec Ottawa.

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Un plan d’aide est nécessaire, car le transport aérien est une infrastructure névralgique et un levier économique crucial pour le pays et encore plus pour la région de Montréal.

D’accord, Ottawa a déjà versé 1,7 milliard en subventions salariales aux transporteurs. Mais une grande partie est allée aux employés inactifs, ce qui n’aide en rien les entreprises.

Lorsque l’économie redécollera, les transporteurs canadiens, affamés, craignent de perdre des parts de marché par rapport à leurs concurrents étrangers qui ont été mieux nourris par leurs pays respectifs. Seulement aux États-Unis, la bouée de sauvetage s’élève à 65 milliards.

Une fois la tempête passée, Ottawa doit aider les transporteurs à repartir à forces égales. Et surtout de manière sécuritaire. Personne n’a envie de monter à bord d’un appareil dont le pilote n’a pas pris les commandes depuis de longs mois.

Mais toute aide d’Ottawa doit être assortie de conditions.

Comme Ottawa le dit depuis novembre, le plan d’aide devrait être conditionnel au maintien des lignes régionales et au remboursement des passagers, qui n’ont pas à financer les transporteurs contre leur gré.

Certains diront que les contribuables n’ont pas à payer pour renflouer les voyageurs. Mais ce ne serait pas le cas si on accordait simplement un prêt à taux réduit, comme le demandent certains transporteurs qui doivent actuellement se financer à grands frais.

Et par-dessus tout, il faut absolument interdire aux transporteurs d’utiliser l’argent des contribuables pour enrichir leurs actionnaires – avec des rachats d’actions ou des versements de dividendes – ou encore leurs dirigeants qui ont reçu une rémunération stratosphérique dans le passé.

Bref, il est temps qu’Ottawa dévoile son plan de vol. Mais le sauvetage ne doit pas se faire à n’importe quel prix.