Depuis le début de la pandémie, les étudiants postsecondaires ont été les grands oubliés. Et ils sont loin d’être sortis du Zoom, malgré l’annonce d’un retour graduel en classe par le premier ministre François Legault qui a créé de grandes attentes, mardi.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Il faut dire que cette bouffée d’air était fort attendue. Cela fait 11 longs mois que la plupart des cégépiens et étudiants suivent leurs cours tous seuls dans leur chambre, habillés en mou, le nez devant l’écran.

Leur santé mentale est en jeu. Les fédérations étudiantes et les chercheurs l’ont assez répété.

En fait, une forte majorité d’étudiants manque de motivation pour suivre leurs cours (71 %), se sent isolée et ressent de l’anxiété et de la détresse psychologique (64 %), selon un sondage mené en novembre par le ministère de l’Enseignement supérieur.

Encore plus alarmant : 6,2 % des étudiants ont des pensées suicidaires et idées noires, une proportion deux fois plus élevée qu’avant la pandémie, selon la Fédération étudiante collégiale du Québec.

Pas de doute, il est temps que les étudiants reviennent sur les bancs d’école et retrouvent une vie sociale. Mais l’objectif de tous les ramener sur le campus, au moins une fois par semaine, risque d’être difficile à appliquer dans certains établissements, en particulier ceux de plus large taille.

Le défi est encore plus grand pour les campus verticaux comme celui de l’Université Concordia qui compte des bâtiments de 14 et 15 étages. La logistique sera très complexe pour faire circuler les étudiants qui doivent prendre des ascenseurs et des escaliers roulants, tout en respectant les mesures sanitaires.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Les élèves des cégeps et les étudiants des universités pourront reprendre partiellement leurs cours en classe, a annoncé le premier ministre François Legault, mardi.

Il n’est pas question de forcer les étudiants à retourner en classe. Certains peuvent avoir des raisons de santé de rester en isolement, tandis que d’autres sont retournés vivre dans leur région natale.

Il faut donc miser sur une formule hybride, où les étudiants auront le choix de suivre le cours sur place ou à distance. Le Cégep Limoilou s’y est mis dès l’automne dernier. En installant des caméras dans une quarantaine de locaux, il a pu offrir un enseignement « comodal » pour des cours où le taux d’échec est historiquement plus élevé.

Une belle initiative pour réchapper les élèves en difficulté qui sont aussi les plus affectés par la pandémie. C’est ce genre de formule qu’il faut multiplier à travers le Québec.

Mais pour cela, il faudra que les établissements et les syndicats acceptent de changer leur méthode d’enseignement, au beau milieu de la session.

Oui, c’est dérangeant. Mais, que voulez-vous, la COVID-19 ne suit pas le calendrier scolaire. Québec aurait bien voulu ramener les étudiants sur les campus dès la rentrée de janvier, mais cela ne cadrait pas avec les recommandations de la Santé publique qui a pratiquement annulé Noël.

Pour convaincre les professeurs de rouler davantage en mode hybride, les établissements pourraient miser sur l’embauche de personnel auxiliaire pour s’occuper du volet technologique dans la classe.

Les enseignants ne sont pas tous des pros de la techno, en particulier dans les universités où les ennuis techniques des professeurs sont la principale source d’insatisfaction chez les étudiants, selon le ministère de l’Enseignement supérieur.

Face à ces embûches, certains établissements se contenteront peut-être d’offrir aux étudiants de venir faire des travaux d’équipe sur place, en groupe restreint. Il s’agirait d’une solution facile, mais timide, pour ramener rapidement les étudiants sur les campus.

Bien sûr, les établissements restent autonomes. François Legault ne peut pas venir prendre les présences dans les cégeps et les universités. Mais comme ils ont le sort des étudiants entre les mains, souhaitons qu’ils fassent tout en leur pouvoir pour les ramener en classe au plus vite.