On ne peut pas se plaindre que le pompier a utilisé trop d’eau pour éteindre le feu. Mais il faut reconnaître que les prestations dessinées à toute vitesse par Ottawa pour aider les citoyens à surmonter la pandémie ont fait des dégâts.

Publié le 27 janv. 2021
Stéphanie Grammond
Stéphanie Grammond La Presse

Il est grand temps de s’attaquer aux problèmes, si on ne veut pas que le presto saute avec la saison des impôts qui est à nos portes.

Déjà, les contribuables sont excédés. D’avril à décembre dernier, les plaintes contre l’Agence du revenu du Canada (ARC) ont doublé (+ 103 %), rapporte l’Ombudsman des contribuables du Canada. L’augmentation est encore plus forte pour les personnes vulnérables qui se retrouvent en difficulté financière (+ 120 %).

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Mettons des visages sur ces statistiques…

En consultant son dossier internet de l’ARC, Christine Husser a découvert à la mi-août qu’un fraudeur avait réclamé 6000 $ de Prestation canadienne d’urgence (PCU) en son nom.

Cinq mois plus tard, elle est toujours incapable de consulter son dossier, même si le fisc lui a maintes fois promis qu’elle recevrait un nouveau code confidentiel pour le débloquer.

« En termes de lenteur, d’incompétence et de non-transparence, ils ont été très, très forts », ironise la dame qui a peur de recevoir un feuillet fiscal.

En fait, bien des Canadiens qui ont été victimes d’une demande de PCU frauduleuse auront une vilaine surprise lorsqu’ils recevront un T4, quoique l’ARC assure qu’ils n’auront pas à payer d’impôt sur des montants qu’ils n’ont jamais encaissés. Mais bonne chance pour corriger tout ça.

Mais cette vague de fraudes de PCU cause des problèmes encore plus graves aux travailleurs qui ont perdu leur emploi, comme Philippe Bouchard. Cinq mois après avoir perdu son travail, il n’a pas encore reçu d’assurance-emploi. Sa demande est paralysée, car un fraudeur a fait une demande de PCU en son nom.

Une dizaine d’appels et de longues heures d’attente au téléphone n’ont pas permis de dégeler son dossier.

Après avoir vidé son CELI, il a été forcé d’appeler ses parents à la rescousse – à 37 ans, ça fait mal à l’orgueil – pour payer son loyer et sa maigre épicerie. « Après, quand on entend des espèces de trucs un peu délirants sur les prestations de voyage… », soupire-t-il.

Il fait référence à cette autre prestation mal conçue qui permettrait aux gens revenant du Sud de toucher 1000 $ à leur retour. La mesure était pourtant destinée aux gens touchés par la COVID-19 qui doivent rester en quarantaine, et non aux voyageurs qui défient l’avis du gouvernement.

D’ailleurs, il est assez choquant de voir que les partis d’opposition ont bloqué, lundi, un projet de loi qui aurait permis de colmater rapidement cette brèche qu’ils ont eux-mêmes dénoncée.

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Pour en revenir au fisc, il serait pertinent de créer une procédure accélérée pour faciliter le traitement des problèmes entourant la PCU.

Il ne faudrait surtout pas que les contribuables, dont l’identité a été usurpée, aient à suivre le processus complexe d’opposition qui peut prendre des mois, sinon plus, et nécessiter l’aide d’un comptable ou d’un fiscaliste, ce qui n’est pas donné.

Beaucoup de stress et d’anxiété pour des contribuables sans reproche qui sont simplement victimes des failles de l’ARC.

À la place, le fisc devrait agir en amont, en créant un guichet unique auquel les contribuables pourraient s’adresser et obtenir directement une réponse, au lieu d’attendre pendant des heures au téléphone, pour se faire systématiquement rediriger vers un autre département… quand la ligne n’est pas tout simplement coupée.

C’est le temps pour l’Ombudsman des contribuables de montrer de quel bois il se chauffe. Créé en 2007, cet organisme qui reste méconnu du public pourrait faire preuve de plus de mordant. Son mandat lui permet d’intervenir lorsqu’un problème systémique a une incidence négative sur les contribuables.

On est en plein dedans. C’est le temps pour l’Ombudsman de prouver aux contribuables qu’ils ne sont pas seuls contre Goliath.

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