Ceci est un message d’intérêt public : Joe Biden est désormais président, bravo ! Mais ça ne signifie pas que le trumpisme est mort, hélas.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

D’abord, comment penser que Donald Trump va s’éclipser, bien humblement ?

Évidemment, la procédure de destitution en cours pourrait lui compliquer la vie. Tout comme les autres poursuites auxquelles il fera face maintenant qu’il ne bénéficie plus de l’immunité présidentielle.

PHOTO JOHN MINCHILLO, ASSOCIATED PRESS

Des partisans de Donald Trump devant le Capitole, le 6 janvier dernier

N’empêche qu’il a carrément laissé entendre, sitôt après avoir quitté la Maison-Blanche, qu’il allait revenir « d’une manière ou d’une autre ». Il demeure populaire et caresserait même l’idée de lancer un nouveau parti politique.

On peut par ailleurs avoir la certitude qu’il va se moquer du devoir de réserve des anciens présidents comme de l’an quarante ! On l’imagine intervenir en direct de sa résidence en Floride sur une base régulière, plus teigneux que jamais.

Un ex-président nouveau genre, en quelque sorte issu d’un croisement entre une belle-mère, un troll et l’oncle complotiste qu’on cherche à éviter à Noël parce que ses délires nous exaspèrent.

Le hic (et notre grande chance), c’est qu’il n’aura pas accès au compte Twitter, qui représentait jusqu’ici pour lui un redoutable porte-voix.

Cela dit, le trumpisme – qu’on peut définir comme un mouvement nationaliste et identitaire, mélange de déni de la réalité, d’autoritarisme et de rejet des institutions démocratiques –, ce n’est pas que Trump.

C’est aussi, désormais, une bonne partie des républicains, élus et partisans confondus.

Les appels à l’unité de Joe Biden lancés avec insistance lors de son discours d’investiture sont essentiels, mais ils ne seront pas suffisants.

Le président démocrate ne viendra pas, seul, à bout du trumpisme.

Les républicains doivent eux-mêmes faire leur part.

Pour connaître le sort de ce mouvement, il faudra donc également observer avec attention les luttes fratricides qui viennent de s’engager au sein du Parti républicain.

L’avenir de la formation politique d’Abraham Lincoln (qui s’est très certainement retourné dans sa tombe de nombreuses fois depuis quatre ans) est étroitement lié à celui du trumpisme.

L’historien Timothy Snyder, dans une analyse publiée dimanche dans le New York Times (un texte aussi éclairant que le petit essai qu’il a publié au début de l’ère Trump, intitulé De la tyrannie), fait une distinction entre deux types de républicains.

D’un côté, les joueurs.

De l’autre, les casseurs.

Pour les premiers, « l’objectif principal est de jouer le jeu du système pour garder le pouvoir, exploiter les points morts de la Constitution, redécouper les circonscriptions et user d’argent d’origine obscure pour gagner les élections avec une minorité d’électeurs motivés ».

Les deuxièmes voient « les choses différemment : et s’ils cassaient tout et prenaient le pouvoir en se passant de démocratie ? ».

> Lisez le texte de Timothy Snyder

Les deux factions, à force de compromis, ont toujours réussi à travailler main dans la main.

Jusqu’à l’insurrection du 6 janvier.

Une ligne rouge a été franchie. Et les joueurs ont compris qu’ils risquaient eux aussi de se transformer en casseurs et, par conséquent, en fossoyeurs de la démocratie américaine.

L’un d’eux, le vice-président Mike Pence, était visé par les émeutiers, dont certains ont dit vouloir « le pendre ».

Il fut pendant quatre ans l’un des plus serviles alliés de Donald Trump. Or, il a assisté à la cérémonie d’investiture de Joe Biden, mais pas à celle marquant le départ du président.

Ce n’est pas anodin.

Le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell, est un autre des « joueurs » qui ont été forcés de choisir leur camp. Il vient d’accuser Trump d’avoir « incité » les émeutiers avec ses « mensonges ».

Mais ces joueurs repentis, que vont-ils faire avec les casseurs, comme les sénateurs Ted Cruz et Josh Hawley ?

Et les casseurs, eux ? Vont-ils continuer, encouragés par Trump et par l’écosystème médiatique conservateur, à se comporter comme des insurgés ?

Soyons clairs : l’arrivée du président démocrate est incontestablement une bonne nouvelle pour les États-Unis – et par conséquent pour toutes les autres démocraties de la planète.

Mais le trumpisme est loin d’être mort et enterré. Il ne faudrait pas l’oublier, même si nous avons, aujourd’hui, à l’instar d’une majorité d’Américains, d’excellentes raisons de célébrer !