Faut-il une commission d’enquête sur la crise de la COVID-19 ? Avant même de relancer la machine à consultation, il faudrait d’abord se poser la question suivante : que ne sait-on pas déjà sur la crise de la COVID-19 ? Que veut-on savoir de plus sur les soins aux personnes âgées ?

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Avant que vous répondiez, on vous propose un quiz.

Vous réclamez une consultation quelconque, une politique, un plan d’action, un groupe de travail ou une commission d’enquête ? Alors, commencez par énumérer ce qui a déjà été fait. Utilisez Google si nécessaire. Et n’essayez pas de compter sur vos doigts, car vous n’en avez pas assez.

En voici une liste non exhaustive :

– Commission Clair sur les services de santé et les services sociaux (2001)
– Chez soi, le premier choix – la politique de soutien à domicile (2004)
– Groupe de travail sur le financement de la santé (2008)
– Commission sur les conditions de vie des aînés (2008)
– Politique Vieillir et vivre ensemble (2012)
– Livre blanc et commission parlementaire sur l’assurance autonomie (2013)
– Commission parlementaire sur les conditions de vie des adultes hébergés en centre d’hébergement et de soins de longue durée (2016)
– Commission parlementaire sur le projet de loi visant à lutter contre la maltraitance des aînés (2017) – Politique Vieillir et vivre ensemble (2018)
– Plan d’action Un Québec pour tous les âges (2018)
– Plan d’action pour l’attraction et la fidélisation des préposés aux bénéficiaires (2019)
– Commission parlementaire sur le projet de loi visant à renforcer le régime d’examen des plaintes du réseau de la santé et des services sociaux (2020)

PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE

« On sait comment ces documents finissent souvent leur vie : une force magnétique les attire dans les recoins les plus ombrageux de ce que l’on appelle l’internet… », constate notre éditorialiste.

On aurait aussi pu ajouter le Comité consultatif fédéral sur le SRAS, en 2003. Et on vous épargne les nombreuses enquêtes du Protecteur du citoyen et du Vérificateur général, comme celui qui sonnait l’alarme sur les CHSLD en 2012.

Chacune de ces démarches a mené à un rapport. Et on sait comment ces documents finissent souvent leur vie : une force magnétique les attire dans les recoins les plus ombrageux de ce que l’on appelle l’internet…

Ce qui nous ramène à notre question de départ : que veut-on savoir de plus et pour en faire quoi ?

Si le but est de se préparer à une deuxième vague du virus, il est inutile de lancer une autre démarche. Le gouvernement caquiste a déjà engagé un sous-ministre spécialement pour élaborer un plan à cet égard – lire à ce sujet l’éditorial de François Cardinal.

Si le but est de réfléchir aux soins des aînés et au choc démographique, là encore, plusieurs solutions ont déjà été proposées. Il existe aussi amplement de témoignages sur les drames vécus par les personnes âgées, par exemple dans l’action collective déposée l’automne dernier contre la maltraitance dans les CHSLD publics.

Que reste-t-il à savoir alors ?

En gros, deux choses.

D’abord, comprendre plus précisément ce qui a permis à la COVID-19 de faire tant de morts dans les CHSLD.

Ensuite, faire la synthèse des réflexions passées sur les différents volets des soins aux personnes âgées pour en extraire une vision d’ensemble.

Bien sûr, pour l’essentiel, on connaît déjà les grands problèmes de la gestion de la crise : manque de personnel, manque d’équipement, manque de tests et de traçage et, enfin, mise à la retraite des cadres intermédiaires qui auraient pu faire respecter les consignes comme celles sur les zones chaudes et froides. Reste qu’une commission d’enquête pourrait aider à compléter le portrait et peut-être à révéler d’autres problèmes encore inconnus. Ses conclusions arriveraient toutefois trop tard pour se préparer pour la seconde vague.

Quant à la synthèse, elle n’a pas besoin de venir d’une consultation publique, d’états généraux ou d’une autre mécanique lourde. Cela peut se faire à l’interne ou en confiant un mandat à des experts.

Si on part d’une page blanche, cela signifierait qu’on a effacé tout le travail déjà fait.

Pour la suite, l’essentiel du travail restant relèvera du politique : trouver la façon de financer les solutions.