Le pire semble avoir été évité. Dans la nouvelle mouture de sa réforme de l’immigration, le gouvernement caquiste abandonnerait les contraintes nuisibles imposées aux étudiants et aux travailleurs étrangers.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Selon ce que rapporte Radio-Canada, le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, renonce à limiter le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) aux étudiants et aux travailleurs qui correspondent à un inventaire bureaucratique des métiers en demande. Et les changements ne seraient plus rétroactifs.

Gros soupir de soulagement.

Pour être admissibles au PEQ, les étudiants étrangers devraient désormais travailler pendant un ou deux ans après l’obtention de leur diplôme. Quant aux travailleurs, l’accès au PEQ serait désormais refusé aux emplois de catégorie « C » et « D », les moins bien rémunérés. On reviendrait ainsi à ce qui prévalait avant une modification faite par les libéraux en 2018.

Est-ce pertinent ? On peut en débattre. Mais, à tout le moins, ces mesures restent ciblées et les contraintes sont raisonnables.

Bien sûr, pour l’instant, il ne s’agit que d’une intention – la réforme n’a pas encore été présentée au Conseil des ministres. Mais à en juger par la fuite, il s’agit d’une victoire pour tous les juristes, économistes, patrons, syndicats, recteurs, étudiants et députés de l’opposition qui ont dénoncé en cœur la première version de cette réforme.

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Au départ, la réforme de M.  Jolin-Barrette ressemblait à une solution à la recherche d’un problème.

Tout est parti d’un préjugé du ministre. À ses yeux, le Québec ne réussissait pas à bien intégrer les immigrants. Il a donc voulu resserrer l’accès au PEQ. Avec un réflexe bureaucratique l’incitant à croire que l’État – ou lui – était le mieux placé pour prévoir des années à l’avance les besoins du marché du travail.

Il a donc concocté une réforme sans écouter les employeurs qu’il prétendait aider. Pourtant, ils étaient clairs : le PEQ est un succès.

Implanté en 2010, ce programme offre une voie rapide (environ 20 jours) pour traiter les demandes des étudiants et des travailleurs étrangers. Il permet ainsi de sélectionner les candidats qui sont déjà intégrés chez nous, et ce, en français (niveau 7 exigé).

Le PEQ ne priorise toutefois pas les métiers en demande. Le ministre a donc voulu le restreindre. En contrepartie, il voulait recourir davantage au programme régulier, qui sélectionne des candidats à l’étranger selon un pointage favorisant certaines catégories d’emploi.

Cela posait problème. D’abord, si le PEQ comptait pour la majorité des candidats admis en 2019, c’est parce que Québec avait temporairement réduit le nombre d’immigrants. Ensuite, si les travailleurs temporaires détiennent un emploi, cela prouve qu’ils comblent bel et bien un besoin. Enfin, dans le programme régulier, il s’écoule en moyenne plus de deux ans entre la sélection d’un candidat à l’étranger et son arrivée au Québec. L’emploi pour lequel on fait venir la personne risque de ne plus être disponible.

Le lien entre le diplôme et le métier est aussi incertain. M.  Jolin-Barrette présume que les gens travaillent dans leur domaine d’études. En fait, ce serait plutôt l’exception*.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette

Et les diplômes priorisés par le ministre comprenaient plusieurs absurdités. Sa liste comprenait entre autres le défunt bac en sciences domestiques, qui apprenait naguère aux femmes à devenir de bonnes ménagères…

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L’automne dernier, au cœur de la tempête, M.  Jolin-Barrette avait promis de revenir à la charge avec un nouveau projet de réforme. Cette fois, un compromis raisonnable semble avoir été trouvé.

Il n’y a rien d’exagéré à vouloir que les diplômés étrangers obtiennent une courte expérience de travail avant d’être admissibles au PEQ. C’est ce que font le Canada et l’Australie, entre autres. De toute façon, le diplômé qui veut rester au Québec se cherchera déjà un emploi après ses études. On ne fait que retarder un peu le processus.

Quant aux emplois de catégorie C et D, l’effet est moins facile à prévoir. En réduisant ces catégories de travailleurs étrangers, Québec veut miser davantage sur le programme régulier qui faciliterait l’envoi d’immigrants en région. Cet effet positif reste toutefois à vérifier, comme il faudra aussi surveiller l’impact dans les grandes villes. D’autres ajustements pour régionaliser l’immigration pourraient aussi être considérés, comme ceux proposés par l’Association québécoise des avocats en immigration.

Mais il s’agit de détails qui pourront être modifiés au besoin. Pour le reste, l’important est que le cœur du PEQ soit préservé.

* Aux États-Unis, ce serait le cas d’à peine le quart des diplômés, rapporte un mémoire de Montréal International. Il est vrai que certaines catégories de diplômes sont associées à des métiers qui créeront plus de richesse pour le Québec, comme les STEM (science, technologie, génie et mathématique). Or, la majorité des étudiants issus du PEQ viennent de cette filière, soit beaucoup plus que les Québécois.

LISEZ les mémoires déposés lors de la consultation l’hiver dernier