À lire les commentaires de certaines personnalités sur les réseaux sociaux ce week-end, on aurait cru les parcs de Montréal envahis par des hordes de citadins délinquants qui violaient les mesures de confinement et ignoraient la distanciation physique.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

« C’est à espérer qu’on ait un printemps de mauvais temps. Parce que sinon, watch out la courbe ! », a écrit MC Gilles.

« Mais que fout la police ? » s’est demandé Pénélope McQuade.

« C’est désolant », a renchéri Sébastien Diaz.

Ce à quoi nul autre que le premier ministre du Québec a répondu sur Twitter en se disant « d’accord »…

Ah bon ? Les rassemblements dans les parcs sont formellement interdits, et les Montréalais qui s’y sont retrouvés samedi et dimanche agissaient en toute illégalité ? Et François Legault se dit « d’accord » ?

Voilà qui est étonnant, à plus d’un titre.

D’abord, une visite sur le terrain, ce week-end, aurait amené quiconque à relativiser ce qui se disait dans le monde numérique. Les gens étaient bel et bien nombreux dans les parcs, mais l’écrasante majorité respectait les deux mètres.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

« Avec le beau temps vient la nécessité de clarifier les règles pour que les citadins profitent des parcs tout en respectant la distanciation physique », explique François Cardinal.

Au parc La Fontaine, les policiers qui patrouillaient à vélo intervenaient d’ailleurs très peu. Tandis qu’au parc Laurier, les gens étaient disséminés partout afin de garder la distance requise même dans les zones habituellement peu fréquentées. À peine « une poignée » de personnes n’ont pas respecté les deux mètres, selon le SPVM.

Donc, il est où le problème, au juste ? Les rassemblements extérieurs sont interdits, dites-vous ?

Eh bien, non. Les rassemblements extérieurs ne sont pas interdits selon le fameux décret instituant l’état d’urgence au Québec.

« Est interdit tout rassemblement extérieur, sauf […] si une distance minimale de deux mètres est maintenue entre les personnes rassemblées », peut-on lire.

Mieux encore, le communiqué de presse qui accompagne le décret précise que « les rassemblements extérieurs sont permis lorsqu’une distance minimale de deux mètres est maintenue entre l’ensemble des personnes, sauf s’il s’agit de personnes qui habitent la même résidence privée ».

Donc, tout est beau, on peut aller dans les parcs ? Pas si vite…

À la Ville, on soutient officiellement que « tout rassemblement dans un parc demeure interdit », car les « déplacements non essentiels sont fortement déconseillés »… mais la directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, a recommandé hier de porter un couvre-visage quand on se rassemble dans un parc !

La mairesse Valérie Plante a soutenu quant à elle qu’il ne fallait surtout pas « de regroupements dans les parcs »… mais elle comprend qu’on y aille et souhaite « s’assurer que la fréquentation des parcs se fasse de façon responsable ».

Bon… Qu’en dit le cabinet Legault ? Qu’il vaut mieux ne pas se rassembler dans les espaces verts de la ville… mais ce n’est pas illégal comme tel.

Donc quatre personnes qui n’habitent pas ensemble et qui se retrouvent dans un parc en gardant leurs distances, c’est possible ? « Oui, c’est permis », répond-on.

Difficile, donc, de s’y retrouver dans toutes ces versions contradictoires. Difficile aussi de juger les Montréalais qui osent sortir de leurs appartements pour avaler un bol d’air.

Il y a là une ambiguïté qui est peut-être nécessaire pour concilier contrainte et besoin de sortir, mais cette ambiguïté devra néanmoins être clarifiée. Rapidement.

Car si certaines personnes en viennent à se fâcher en croyant que les Montréalais ignorent volontairement les règles, ils en viendront eux-mêmes à les ignorer. Et si d’autres croient que les parcs sont pleins malgré une interdiction formelle, ils se permettront d’inviter chez eux des amis pour un BBQ, un 5 à 7 ou une saucette.

Or, ces rassemblements dans les cours de tout un chacun ouvrent la porte à bien plus de promiscuité (on va à la toilette où, vous croyez ?) et sont donc bien plus risqués que les réunions dans de vastes espaces en plein air.

« La chance d’attraper la COVID-19 d’une personne qui tousse en passant devant vous dans un parc est infiniment petite », a indiqué la Dre Bonnie Henry, l’équivalent d’Horacio Arruda en Colombie-Britannique.

La leçon de la grande fréquentation des parcs ces derniers jours, ce n’est donc pas que le décret n’est pas assez sévère. C’est plutôt qu’avec le beau temps vient la nécessité de clarifier les règles pour que les citadins profitent des parcs, tout en respectant la distanciation physique. C’est aussi, de toute évidence, qu’il va falloir multiplier les espaces publics où ces derniers peuvent se délier les jambes en toute sécurité.

> CONSULTEZ le décret du gouvernement du Québec