On n’a pas besoin d’attendre la fin d’une crise pour commencer à en tirer des leçons.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

L’une d’elles est déjà flagrante : il est terriblement hasardeux de compter uniquement sur des manufacturiers de l’extérieur du pays pour l’équipement médical qui est indispensable en temps de pandémie.

À voir la façon dont nos réserves ont fondu et à constater les problèmes d’approvisionnement à Québec et à Ottawa, on comprend que notre façon de faire doit être repensée.

C’est très simple : l’état d’urgence sanitaire est en train de nous faire réaliser l’importance de la souveraineté sanitaire.

PHOTO DARRYL DYCK, LA PRESSE CANADIENNE

Travailleuse d’hôpital à Vancouver

Au Québec, on gratte les fonds de tiroirs, on rationne les masques et François Legault affirme désormais qu’on pourra tenir… une semaine. À Ottawa, on espère éviter les pénuries, mais « on ne peut rien garantir », a admis Justin Trudeau.

La façon sauvage dont les Américains ont fait l’acquisition en Chine de masques destinés à la France (ils nient, mais plusieurs politiciens français le confirment) montre qu’on ne peut plus rien tenir pour acquis. Des commandes destinées à Ottawa et à Québec auraient d’ailleurs aussi été détournées en tout ou en partie, ont rapporté certains médias.

La situation est intenable.

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Ottawa et Québec n’ont pas attendu que leurs réserves de masques, de gants, de blouses ou de visières se vident pour réagir. Ils ont demandé à plusieurs entreprises d’ici de déployer des efforts pour produire l’équipement médical nécessaire.

Dans certains cas, ça fonctionne déjà. La journaliste Marie-Eve Fournier a publié un reportage il y a quelques jours sur l’entreprise Tristan, qui se lance dans la fabrication de visières médicales. Celle-ci vient d’obtenir l’approbation de Santé Canada. Tout comme le manufacturier d’équipement de hockey Bauer, qui s’est aussi mis à produire des visières pour le réseau de la santé.

Il faut espérer que les succès de ce type vont se multiplier rapidement (tout en précisant qu’une visière est plus simple à fabriquer et à homologuer au Canada qu’un masque, par exemple, en raison de la disponibilité des matières premières et des ressources en matière de certification).

Il est crucial de stimuler la production d’équipement médical à court terme, mais on aurait aussi tout avantage à miser sur le long terme.

Les initiatives mises de l’avant ces jours-ci ne devraient pas être temporaires si on veut véritablement se prémunir contre la prochaine pandémie. La souveraineté sanitaire ne pourra pas demeurer une vue de l’esprit. Pas après une crise si éprouvante. Notre dépendance est affligeante.

Il est possible de changer la donne. C’est d’ailleurs l’avis de certains des membres du groupe de travail à qui le ministère de l’Économie a demandé de se pencher sur la question. Mais ça va nécessiter un savant mélange d’innovation, de dynamisme et d’huile de coude.

Le tout accompagné d’un important changement de culture. Parce que nos entreprises ne peuvent pas faire concurrence, sur le plan des prix, aux pays d’Asie où on s’approvisionne actuellement.

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C’est là que, en tant que société, on doit s’arrêter et réfléchir à ce qu’on souhaite pour la suite des choses.

Si on veut sécuriser notre approvisionnement de matériel médical essentiel en cas de pandémie – tant en termes de qualité que de disponibilité –, on va notamment devoir cesser de faire nos achats selon la règle du plus bas soumissionnaire.

Bien sûr qu’on a fait des économies au cours des dernières décennies en achetant ce matériel là où la main-d’œuvre était bon marché. Mais à quel prix ?

La séance d’introspection est déjà commencée. Parallèlement au groupe de travail mis sur pied à Québec par le ministère de l’Économie, Ottawa a déjà dit souhaiter la création d’une usine de fabrication de masques médicaux au pays.

Une crise agit comme un révélateur. Jamais n’avions-nous auparavant réalisé à quel point la délocalisation de notre expertise pouvait nous mettre en danger en temps de crise.