Ainsi, Donald Trump voudrait expédier des soldats à la frontière canadienne pour protéger les États-Unis du coronavirus. Et quoi encore ?

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Ainsi, Donald Trump voudrait expédier des soldats à la frontière canadienne pour protéger les États-Unis du coronavirus. Et quoi encore ?

Ce n’est pas le Canada que les Américains doivent craindre. C’est leur propre président ! Ils ont de quoi s’inquiéter : il brûle d’envie de leur demander de reprendre leur vie normale.

Fébrile, il voudrait même voir des « églises bondées » à Pâques. « On ne peut pas laisser le remède être pire que le problème », a-t-il lancé.

L’histoire est (encore) en train de s’écrire à Washington. On assiste à la naissance de la doctrine Trump en cas d’épidémie.

Sauver des vies… mais seulement si ça ne nous coûte pas trop cher. C’est profondément immoral. Mais connaissant Donald Trump, c’est logique.

Pour au moins trois raisons.

Premièrement, il pense par-dessus tout à sa réélection. Or, si la crise économique prend de l’ampleur, il pourrait subir le sort réservé à Herbert Hoover, qui était au pouvoir lors de la grande dépression. Il n’a jamais pu remettre l’économie du pays sur les rails. Et il a été battu par Franklin D. Roosevelt après un seul mandat.

On sait bien, par ailleurs, que Donald Trump a toujours affiché un mépris certain pour la science et les experts. Or, ce sont des experts en santé publique sur qui il faut se fier pour se sortir de cette crise. Il doit trouver ça insupportable !

PHOTO DOUG MILLS, THE NEW YORK TIMES

« C’est à se demander pourquoi Donald Trump n’a pas conseillé à Justin Trudeau de déployer des soldats canadiens à la frontière américaine », écrit Alexandre Sirois.

Enfin, pour lui, tout est transactionnel et le profit est une fin en soi. Égocentrique, il est forcément hanté par les difficultés de son entreprise, mais son idée de privilégier l’économie avant la santé nous éclaire aussi sur sa vraie nature.

Son raisonnement est l’aboutissement logique d’une société où les économistes de droite, depuis de nombreuses années, tiennent le haut du pavé.

Ils peuvent rationaliser n’importe quel phénomène. Le New York Times a d’ailleurs rapporté que certains ont tenté de calculer combien coûterait chaque vie sauvée si on tient compte du ralentissement économique lié aux mesures de distanciation sociale.

Le Wall Street Journal fait la part belle à ces idées dénuées de scrupules : « Aucune société ne peut protéger la santé publique pendant longtemps au détriment de sa santé économique », y lisait-on déjà la semaine dernière.

On voit ici la pente glissante sur laquelle on s’engage avec de tels raisonnements, glaçants d’indifférence. Les plus âgés représentent une grande part des hospitalisations liées au coronavirus. Des économistes qui font de la productivité une valeur sacro-sainte pourraient soutenir que ces aînés rapportent peu à nos sociétés.

Comme si la valeur de l’être humain se résumait à son apport à l’économie !

Il est clair qu’il faudra un jour mettre fin au confinement. Et pas seulement aux États-Unis. Ici aussi. Les impacts de la crise actuelle sur nos sociétés sont majeurs. Et pas seulement sur le plan économique, n’en déplaise à Donald Trump.

Les principes fondamentaux n’ont pas changé : limiter la propagation du virus, aplanir la courbe et permettre au système de santé de ne pas en arriver au point où on ne parvient plus à tout mettre en œuvre pour sauver chacun des malades.

Mais remettre la machine américaine en marche prématurément, en faisant fi des implications que cela suppose, serait une erreur colossale.

D’autant plus que la gestion de la crise y est déjà si défaillante que le pays vient de devenir l’épicentre de la pandémie.

C’est à se demander pourquoi Donald Trump n’a pas plutôt conseillé à Justin Trudeau de déployer des soldats canadiens à la frontière américaine !