Promettre de l’aide ne suffit pas. Elle doit aussi se rendre à destination, de préférence avant que le frigo ne se dégarnisse.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Le gouvernement Trudeau assouplira un peu l’assurance-emploi pour ceux qui y ont droit et créera deux nouveaux programmes pour ceux qui n’y sont pas admissibles, comme les travailleurs autonomes. Tout cela est très bien. Mais en attendant de recevoir cet argent, des milliers de Canadiens restent un peu inquiets, et on les comprend.

D’où la demande raisonnable du Conseil national des chômeurs et chômeuses : simplifiez les règles pour que les chèques arrivent le plus rapidement possible au maximum de gens.

Notre but n’est pas d’alarmer les citoyens. Seulement de mettre le doigt sur un risque afin de prévenir les problèmes.

On ne doute pas de la bonne volonté du fédéral, mais la tâche à accomplir sera monumentale. Près de 1 million de demandes ont été faites juste pour l’assurance-emploi dans la dernière semaine. Soit environ 30 fois plus que le mois dernier.

C’est une fonction publique en télétravail et ralentie par la COVID-19 qui devra gérer cet afflux sans précédent depuis la création du programme d’assurance-emploi. Cette fragile et lourde machine risque de surchauffer. Il faut l’alléger un peu.

PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE

Commerce temporairement fermé, à Ottawa

Bien sûr, le gouvernement libéral essaie de simplifier les démarches. Pour les gens atteints de la COVID-19, le fédéral a éliminé le « délai de carence » — la première semaine de chômage non remboursée. Cela signifie que l’assurance-emploi sera versée dès que la personne cesse de travailler. Pas besoin de fournir un billet du médecin. Mais il faut tout de même en faire la demande, ce qui signifie de parler au téléphone avec un fonctionnaire. Selon divers témoignages, ce ne serait pas simple pour l’instant. Pourquoi ne pas éliminer ce délai de carence pour tous afin d’accélérer le processus et de permettre aux fonctionnaires surchargés de faire d’autres tâches ? C’est d’ailleurs ce que proposait aussi dans nos écrans mardi Luc Godbout, titulaire de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

Autre lourdeur à suivre : l’évaluation de la disponibilité à l’emploi. Selon la loi, pour toucher à l’assurance-emploi, il faut démontrer être à la recherche d’un travail. C’est bien sûr absurde dans la crise actuelle où l’économie du pays est tombée en panne. Le gouvernement libéral en est conscient et incite sa fonction publique à la souplesse. Mais est-ce que ce message sera transmis clairement dans les nombreux étages de la hiérarchie bureaucratique ?

Pour les gens non admissibles à l’assurance-emploi, le défi sera encore plus grand.

En effet, ils devront acheminer leur demande en vertu d’un tout nouveau programme dont les détails n’ont pas encore été dévoilés. C’est le cas entre autres des travailleurs autonomes qui sont chez eux parce qu’ils ont perdu des heures de travail, ou encore parce qu’ils sont malades ou doivent s’occuper d’un enfant.

Enfin, une certaine confusion demeure. Des gens se demandent en vertu de quel programme déposer leur demande. Par exemple, un salarié qui arrête son travail pour s’occuper de ses enfants doit-il demander des prestations régulières, des prestations pour maladie ou encore profiter du nouveau programme ? Des précisions seraient appréciées.

On comprend l’approche du gouvernement Trudeau. Au lieu d’envoyer un chèque à tous les Canadiens, y compris aux gens fortunés, le fédéral veut utiliser tout l’argent disponible pour aider ceux qui en arrachent vraiment.

Et pour ces programmes ciblés, il est normal de faire des vérifications afin de s’assurer que personne n’abuse du système.

Reste que cet examen des dossiers pourra très bien se faire dans quelques mois. Pour l’instant, l’urgence est ailleurs.

Des gens auront bientôt besoin de payer leur épicerie, et le temps file.

Consultez les programmes d’aide annoncés par le gouvernement fédéral