Ce n’est pas un plan de relance économique qu’Ottawa et Québec ont annoncé cette semaine. C’est un ensemble de bouées.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Contrairement à la crise de 2008, la source du problème n’est pas économique et la solution ne le sera pas non plus. Pour que l’économie redécolle, il faut que le risque sanitaire diminue. Et pour que ce risque diminue, il faut que les gens limitent leurs déplacements. D’où l’objectif des gouvernements : s’assurer que les gens aient assez d’argent pour rester chez eux et que les entreprises soient encore debout quand l’hivernation sera terminée.

Le but est donc moins de stimuler l’économie que de donner les moyens à tous de garder la tête hors de l’eau.

Expliqué ainsi, cela semble simple… Mais le défi est immense.

Ce n’est pas un simple plan d’aide que le gouvernement Trudeau a présenté mercredi. C’est carrément un mini-budget.

En quelques jours seulement, de multiples mesures totalisant 27 milliards ont été conçues. Les libéraux travaillaient dans l’urgence avec un dilemme en tête : donner la priorité à la rapidité ou à la précision ? Faut-il simplement distribuer un chèque à tous les citoyens, comme le font les États-Unis, afin que l’aide arrive à destination en quelques jours ? Ou faut-il plutôt déterminer qui sont les personnes en difficulté et leur offrir un soutien adapté, quitte à concevoir des programmes ?

Comme un secouriste lors d’un naufrage, Ottawa aurait pu lancer de petits gilets de sauvetage d’une taille unique à tout le monde. Mais certains n’en auraient pas eu besoin, car ils étaient déjà rendus au large, tandis que d’autres étaient trop lourds pour le gilet et se seraient noyés quand même. Dans les deux cas, l’intervention aurait été inefficace.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

« Québec et Ottawa ont encore une marge de manœuvre, car leurs finances sont en bon état », explique notre éditorialiste.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, cherchait un équilibre entre ces deux écueils. Il cible les gens vulnérables. Et dans la majorité des cas, il modifie des programmes déjà existants au lieu d’en créer des nouveaux, avec la lourdeur que cela aurait supposé. 

Par exemple, pour les familles, l’allocation canadienne pour les enfants sera augmentée de 300 $ en mai. Pour les personnes à faible revenu, le crédit de TPS sera également haussé en mai. Pour les femmes violentées, les sans-abri et les Premières Nations, les programmes actuels seront aussi bonifiés. Et enfin, les petits entrepreneurs pourront récupérer jusqu’à 10 % de la retenue salariale sur la rémunération de leurs employés – une mesure fiscale qui s’applique immédiatement et qui réduira les mises à pied.

Dans le cas des travailleurs autonomes et des salariés non admissibles à l’assurance-emploi, de nouveaux programmes devront être créés, ce qui requiert l’adoption d’une loi. Mais ils seront administrés exceptionnellement par l’Agence du revenu du Canada, réputée plus efficace que Service Canada.

Hier, Québec a annoncé 2,5 milliards en prêts et en garanties de prêts pour les entreprises qui souffrent d’un problème d’approvisionnement ou de livraison à cause de la crise. Le premier ministre Legault a aussi affirmé que des projets en infrastructures déjà prévus seront accélérés.

Sur papier, cela semble bien. Le plus difficile reste toutefois à faire : s’assurer que l’aide ne tarde pas trop et que tous les citoyens en difficulté en profitent, même s’ils ne rentrent pas parfaitement dans les petites cases.

Une statistique à ce sujet : selon un sondage de l’Association canadienne de la paie qui date de 2017, 47 % des Canadiens peineraient à payer leurs factures si leur paie était retardée de seulement une semaine.

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Les milliards annoncés peuvent sembler impressionnants. Reste qu’ils seront insuffisants. Il en faudra beaucoup plus dans les prochains mois.

Il faudra un véritable plan de relance économique avec une préoccupation particulière pour les entreprises, petites et grandes, en manque de liquidités.

Heureusement, Québec et Ottawa ont encore une marge de manœuvre, car leurs finances sont en bon état. Et en ne suivant pas les États-Unis cette semaine, notre Banque centrale s’est gardé un petit espace pour baisser son taux directeur.

Même si les prochains mois s’annoncent pénibles, le Canada et le Québec auront les moyens de donner un grand coup. Mais pour l’instant, la priorité est de veiller à ce que personne ne tombe « entre les craques » des programmes.