On va se dire les vraies affaires : la raison principale pour laquelle on se réjouit tant de la fermeture annoncée de la frontière américaine, c’est que notre voisin du Sud a terriblement mal géré l’épidémie du coronavirus pendant trop longtemps.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Le ton a changé à Washington depuis 48 heures ; c’est tant mieux, mais ça ne rassure qu’à moitié.

Car le laxisme des dernières semaines a forcément permis à la COVID-19 de se propager de façon telle que les mesures annoncées par Ottawa étaient devenues nécessaires pour protéger la santé de la population d’un bout à l’autre du Canada.

Tous les États américains sont touchés, et ce sont ceux de Washington (dans l’ouest) et de New York (dans l’est) qui, jusqu’ici, rapportent le plus grand nombre de cas. La proximité de ces foyers avec le Canada est inquiétante, et ce n’est pas une vue de l’esprit.

Un rapport dévoilé lundi par l’Imperial College de Londres permet de bien prendre la mesure de la menace qui plane sur les États-Unis. Selon des simulations, dans l’éventualité où rien n’avait été fait pour freiner l’épidémie ni par le gouvernement américain ni par les citoyens, le coronavirus aurait pu y tuer jusqu’à 2,2 millions de personnes. Le New York Times, qui a cité ce chiffre, estime que c’est possiblement cette étude qui a sorti la Maison-Blanche de sa torpeur.

L’idée, en fermant partiellement notre frontière aux Américains, est donc de se protéger… de Donald Trump.

Et doublement, en plus. Car puisque la décision a été prise d’un commun accord avec la Maison-Blanche, il ne viendra pas à l’idée de ce président soupe au lait de nous en vouloir.

Quant au fait que ce sont uniquement les déplacements jugés non essentiels qui vont être interdits entre les deux pays, c’est souhaitable.

Notre économie et celle des États-Unis sont intégrées d’une façon unique au monde et bon nombre de biens qui traversent la frontière sont indispensables pour notre vie quotidienne. On ne peut pas se barricader ; il y aurait trop à perdre.

François Legault a d’ailleurs pris soin de souligner, dans la foulée de l’annonce d’Ottawa, qu’il y a « beaucoup de fruits et légumes qui viennent des États-Unis et beaucoup de médicaments ». Et ce n’est que la pointe de l’iceberg.

Pensons aussi aux entreprises d’ici dont les employés disposent de permis de travail sur le sol américain (l’inverse est aussi vrai). Leurs tâches peuvent être essentielles au bon fonctionnement d’usines de l’autre côté de la frontière. Les manufacturiers et les exportateurs du Québec suivent le dossier de très près.

PHOTO PAUL SANCYA, ASSOCIATED PRESS

« Puisque la décision a été prise d’un commun accord avec la Maison-Blanche, il ne viendra pas à l’idée de Donald Trump, ce président soupe au lait, de nous en vouloir », écrit Alexandre Sirois.

Un autre dossier crucial semble avoir été réglé par Ottawa : celui des demandeurs d’asile qui traversent le chemin Roxham en provenance des États-Unis. Jusqu’ici, ils ne sont pas mis en quarantaine de façon formelle et systématique. Cela suscite des inquiétudes, avec raison.

Justin Trudeau a promis mercredi que « tout le monde » qui emprunte ce chemin sera mis en isolement pendant 14 jours. C’est le message qui a aussi été transmis au gouvernement Legault, a-t-on souligné à Québec. Ottawa aurait même précisé que cette quarantaine se déroulerait « dans des installations fédérales » pour ne pas exercer davantage de pression indue sur les ressources du gouvernement provincial. Voyons voir maintenant quand et comment tout ça prendra forme.

Avec les mesures annoncées pour protéger notre frontière, parallèlement au plan de stabilisation de l’économie de quelque 82 milliards, le gouvernement fédéral semble enfin avoir adopté le langage de la fermeté dans sa lutte contre l’épidémie. Il était temps.