Une crise, ça ne devrait pas être un moment pour attaquer ses adversaires ou marquer de petits points partisans.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Face à la COVID-19, on ne peut qu’espérer une chose de nos élus : moins de politique et plus d’État.

Dans cette crise, les partis ne se battent pas entre eux. Ils luttent ensemble contre un ennemi commun. L’enjeu : limiter le nombre de morts, un objectif qui devrait être assez consensuel.

Pour l’instant, à Québec, les élus sont impeccables. Tandis qu’à Ottawa, c’est plus compliqué…

Le premier ministre François Legault a été salué avec raison pour son travail. Il ne faudrait toutefois pas oublier celui du reste de son équipe. Ce n’est pas quelque chose qu’un journaliste écrira souvent, mais dans une telle situation, le contrôle de l’information est parfois nécessaire. Pour éviter les fuites et la confusion, les porte-parole doivent être limités au ministre responsable du dossier et aux scientifiques qui le conseillent.

Les députés caquistes se sont contentés de relayer les conseils de la Santé publique, sans s’autocongratuler pour les compliments reçus.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, AL PRESSE CANADIENNE

Les libéraux, les péquistes et les solidaires doivent aussi être félicités. Même en temps de crise, leur travail demeure important. Faire des suggestions et des critiques, c’est leur devoir. Mais pour l’instant, ils ont eu la sagesse de le faire en coulisses, loin des caméras. Ils voulaient plus aider les gens que nuire au gouvernement.

Mardi, les leaders parlementaires caquistes et libéraux, pourtant réputés pour ne pas s’aimer, ont offert une conférence de presse commune avec leurs homologues péquiste et solidaire afin de débloquer un budget d’urgence et d’augmenter les pouvoirs des pharmaciens et des infirmières praticiennes spécialisées.

Ne soyons toutefois pas naïfs. Dans les prochaines semaines, cette solidarité sera mise à l’épreuve.

Les critiques risquent de se multiplier, par exemple au sujet du dépistage, de la ligne 811 et du nombre de lits. Après tout, le système de santé fonctionnait à surcapacité en janvier dernier à cause de la simple grippe saisonnière. Bref, le plus difficile reste à venir.

À Ottawa, les choses vont déjà de moins en moins bien.

Dimanche soir, le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, s’est fait demander à RDI pourquoi le Canada ne fermait pas sa frontière aux touristes. Le ministre a répondu qu’il fallait privilégier le diagnostic et l’isolement au lieu de « blâmer les étrangers ». Bien sûr, son commentaire visait d’abord le président américain Donald Trump. Mais le message implicite était que ceux qui veulent fermer la frontière sont intolérants. Comment ne pas y voir une attaque inutile contre les conservateurs ?

PHOTO BLAIR GABLE, REUTERS

Deux jours plus tard, le gouvernement libéral se contredisait en fermant la frontière aux voyageurs étrangers à l’exception des Américains. À nouveau, sans s’expliquer en détail.

Certes, le dossier est complexe et il est plus facile de jouer au gérant d’estrade que de négocier avec M. Trump. Reste qu’avoir un sens de l’État exigerait de bien expliquer les conséquences de chaque option. Pas de se cacher derrière le jargon électoral (« attention au populisme »). Ni de dépeindre le dossier en noir ou blanc comme le fait M. Trudeau.

N’en déplaise au premier ministre, « la science » ne donne pas une réponse en noir et blanc. On est dans le domaine des probabilités et non des certitudes.

La Santé publique permet d’évaluer les conséquences de chaque option, mais il faut ensuite faire un choix politique en fonction de notre tolérance au risque et de nos autres valeurs et principes.

Face à un gouvernement minoritaire fragile, les conservateurs ont le mérite de ne pas critiquer personnellement le premier ministre Trudeau. Pour que les élus travaillent ensemble à Ottawa, il faudrait que le message d’unité vienne de haut. Dans ce dossier, tout le monde croit à la science et tout le monde veut prévenir les morts. Cela relève du plus élémentaire sens de l’État.