Suggestion pour tous les influenceurs qui vont devoir sensibiliser les jeunes aux dangers du coronavirus à la demande de François Legault : parlez-leur de l’Italie.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Par où commencer ?

Peut-être par cette vidéo saisissante qui circule sur les réseaux sociaux : un homme tourne les pages des avis de décès d’un quotidien de Bergame, une ville du nord du pays, en les comptant à haute voix.

Il y en a désormais 10… alors qu’il y en avait une et demie au début du mois de février !

Bergame (dont la population est à peu près équivalente à celle de Trois-Rivières, ça aussi, ça vaut la peine de le mentionner) est frappée de plein fouet par l’épidémie de COVID-19. Et la situation à l’heure actuelle y est catastrophique. Le système de santé ne suffit plus à la demande.

Il faut donc parler de l’Italie pour faire comprendre que cet ennemi invisible fait des ravages très, très concrets.

Et que l’épidémie pourrait ici se rapprocher d’un scénario à l’italienne si on ne respecte pas les consignes.

Actuellement, l’Italie occupe le deuxième rang des pays les plus touchés par le coronavirus, après la Chine. Mais contrairement à la Chine, qui semble depuis un certain temps en train de maîtriser l’épidémie, l’Italie a encore du mal à sortir la tête de l’eau.

Ce pays n’a pas encore atteint le pic de la contagion. Certains estiment même que le nombre de morts sur son territoire pourrait bientôt surpasser celui de la Chine.

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Il faut qu’on parle de l’Italie, aussi, parce qu’à l’heure où le monde au grand complet cherche à comprendre comment freiner l’épidémie avec succès, on aurait tout avantage à tirer des leçons de l’expérience italienne.

PHOTO PIERO CRUCIATTI, AGENCE FRANCE-PRESSE

Œuvre murale de l’artiste Franco Rivolli sur un mur de l’hôpital Jean-XXIII, à Bergame

Lorsqu’on tente de déterminer pourquoi le pays a connu une telle explosion de cas – on va bientôt franchir le cap des 30 000 – et de morts – plus de 2000 –, il semble évident que l’insouciance manifestée au début de l’épidémie a joué un rôle non négligeable dans la propagation du virus. Un erreur d’autant plus coûteuse que la moyenne d’âge des Italiens est la plus élevée des pays de l’Union européenne : 23 % des Italiens ont 65 ans et plus.

À la fin du mois de février, alors que la Chine vivait une véritable tragédie, certains en Italie ne prenaient pourtant pas la COVID-19 assez au sérieux. Le maire de la ville de Milan, par exemple, était défiant. « Milan ne s’arrête pas » (« Milano non si ferma »), proclamait-il, allant jusqu’à porter un t-shirt avec ce slogan.

D’autres politiciens l’ont imité, dont l’ancien ministre de l’Intérieur Matteo Salvini. Lorsque le gouvernement italien a commencé à prendre des mesures plus strictes, ce politicien a dit qu’on devrait « tout rouvrir ».

Il a changé d’idée depuis. À l’image du pays au grand complet, qui a désormais pris la mesure de la menace.

Mais la mobilisation n’a pas été assez rapide. Ça signifie que l’épidémie s’est propagée plus rapidement et que le système de santé n’a pas été prêt à temps.

Donc, on ne disposait pas de l’équipement nécessaire pour soigner tous les patients. Et les médecins sur place se retrouvent à faire des choix inhumains : certains patients pourront bénéficier d’un respirateur, d’autres pas.

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Le Wall Street Journal a rapporté mardi qu’aux États-Unis, certains médecins étudient de très près l’expérience italienne dans le but d’en tirer des leçons pratico-pratiques. Ils constatent par exemple que plusieurs mesures doivent être mises de l’avant pour éviter que les hôpitaux ne débordent, par exemple traiter les cas les moins graves à la maison.

Ils se rendent aussi compte qu’il est mieux d’utiliser des ambulances spécialement pour transporter les patients potentiellement infectés par le virus afin de limiter les risques de contamination du parc de véhicules.

Mais par-dessus tout, « l’Italie nous apprend que si on ne gère pas cette crise en faisant preuve de clairvoyance, ça devient un désastre », nous a confié un des médecins en question, Maurizio Cereda, lors d’une entrevue téléphonique.

Ce médecin établi à Philadelphie, en Pennsylvanie, est en contact avec des collègues italiens. « Un ami m’a dit : ne voyez pas ça comme la gestion d’une épidémie de maladie pulmonaire. Pensez plutôt que vous devez vous préparer à la guerre », dit-il.

Ça aussi, les influenceurs devraient en parler. Il faut lui faire la guerre, à ce virus. Et c’est exactement ce qu’on est en train de faire au Canada à l’heure actuelle.

C’est pourquoi le respect des consignes pour limiter la propagation du virus est si crucial.

C’est bien connu : qui veut la paix prépare la guerre !