C’est assez unanime : sur le plan des communications avec les médias, le gouvernement Legault fait un travail de maître.

Laura-Julie Perreault Laura-Julie Perreault
La Presse

Ses points de presse et les directives annoncées quotidiennement sont clairs, le ton est juste. Alors, comment expliquer que les communications entre l’État québécois et les citoyens inquiets, elles, ne sont pas à la hauteur ?

La consigne est pourtant si simple. Si vous avez des symptômes s’apparentant à la grippe ou si vous avez des questions sur le coronavirus, il faut appeler le 1 877-644-4545. C’est ce service qui peut ensuite vous renvoyer vers Info-Santé (le 811) pour prendre rendez-vous pour un dépistage de la COVID-19. Pas question de se présenter dans un centre de dépistage sans cette étape préalable, selon les directives du gouvernement.

Le problème, c’est qu’il est difficile pour les citoyens les mieux intentionnés de suivre cette procédure. Pour une raison bête : les gens peinent à joindre la ligne désignée par le gouvernement.

Ils sont nombreux à faire écho de leurs frustrations sur les réseaux sociaux.

Lundi, nous avons testé la nouvelle ligne gouvernementale et soit un message automatisé nous disait que « la communication n’a pu être établie », soit le système téléphonique raccrochait après un message d’introduction. Pas rassurant pour quelqu’un qui fait de la fièvre et qui tousse.

Et si on appelle au 811, la ligne qui permet éventuellement de prendre rendez-vous dans un des centres de dépistage ? On nous annonce cette fois que la ligne n’est pas disponible et qu’il faut d’abord passer par la nouvelle ligne mise sur pied par le gouvernement… Ça ne vous rappelle pas le laissez-passer A-38 qu’essayaient d’obtenir les deux héros dans l’épreuve de la maison qui rend fou des Douze travaux d’Astérix ?

Sauf que cette fois, les conséquences ne sont pas particulièrement drôles.

Des gens qui ressentent des symptômes de la COVID-19 se retrouvent démunis sans savoir quoi faire.

Doivent-ils s’isoler complètement de leur famille ? Quand pourront-ils être testés s’ils sont incapables d’obtenir la ligne téléphonique ? Est-ce que certains finiront par se décourager et se rendront aux urgences malgré l’avis contraire ? Ou encore appelleront-ils au 911, faute d’accès au 811 ?

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

« Comment expliquer que les communications entre l’État québécois et les citoyens inquiets ne sont pas à la hauteur ? », demande notre éditorialiste.

Ces questions se posent tout comme une autre, plus large : si les gens ne réussissent pas à se faire tester, avons-nous un portrait juste de la propagation du virus à la grandeur de la province ?

Qu’on les tourne dans tous les sens, les actuelles lacunes dans le système mis en place sont réellement inquiétantes.

Lundi, en conférence de presse, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a reconnu qu’on peut faire mieux. Malgré les ratés, elle continue de recommander aux Québécois d’appeler au 1 877-644-4545, mais assure que des renforts sont en chemin. Dès jeudi, 55 infirmières de plus auront terminé une formation spéciale de trois jours et seront prêtes à prendre les appels. Dans les circonstances, ça semble bien peu. Il reste à espérer que d’autres cohortes seront formées dans les meilleurs délais.

Le gouvernement affirme aussi que sa capacité de dépistage et d’analyse des tests s’accroît rapidement. Et que les critères pour avoir accès à un test seront bientôt élargis. Voilà de bonnes nouvelles.

On ne peut pas préparer une réponse adéquate si on ne connaît pas l’ampleur de la contagion, a rappelé hier le grand patron de l’Organisation mondiale de la santé. « Nous avons un message simple à envoyer à tous les pays : test, test, test, a dit Tedros Adhanom Ghebreyesus lors d’un point de presse. Tous les pays devraient tester tous les cas suspects. »

Au Québec, pour le moment, seuls les gens qui ont fait un voyage à l’étranger récemment et ont des symptômes sont envoyés vers les 17 centres de dépistage… s’ils réussissent à avoir un rendez-vous. Lundi, le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, a admis qu’il y a peut-être au Québec des cas de contagion communautaire, mais que ces cas ne sont pas pour le moment soumis au dépistage. Il va vite falloir passer à la vitesse supérieure.

À la fin de la crise, ce n’est pas seulement l’efficacité des conférences de presse qui permettra d’évaluer la réponse globale du gouvernement, mais bien l’impact des mesures mises sur pied sur le terrain. C’est là que se passe la véritable lutte contre le virus.