La grande leçon des dernières élections pour le Parti conservateur est assez évidente : il doit élargir son bassin d’électeurs s’il espère reprendre le pouvoir un jour.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

En clair, il doit embrasser les idées que partagent une majorité de Canadiens sur les questions morales, par exemple. Sur le mariage entre personnes de même sexe. Et sur la lutte contre le réchauffement climatique.

Les principaux candidats à la succession d’Andrew Scheer ont bien sûr pris des notes en promettant d’amener le parti au XXIe siècle.

Ils se sont ainsi engagés à se tenir loin de l’avortement.

Ils vont, pour la plupart, participer au défilé de la fierté gaie.

Et ils vont… continuer de s’opposer à la tarification du carbone !

Curieusement, en effet, la réduction des émissions de gaz à effet de serre ne semble pas encore avoir franchi le mur de leur entêtement, malgré la défaite d’octobre dernier. Une défaite crève-cœur, puisque les libéraux étaient bel et bien battables.

Le contraste était d’ailleurs saisissant, hier. Alors que la session reprenait à Québec sous le signe de l’environnement pour TOUS les partis, un des ténors du mouvement conservateur faisait la tournée des médias québécois pour attaquer la tarification du carbone de Justin Trudeau.

Pour une énième fois, le premier ministre de l’Alberta Jason Kenney exprimait en effet tout le mal qu’il pense de LA mesure la plus susceptible d’aider le climat. Comme Peter MacKay et Erin O’Toole l’ont fait ces derniers jours. Comme les conservateurs le font en chœur, en fait, depuis une douzaine d’années maintenant !

PHOTO JASON FRANSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Les conservateurs vont continuer de s’opposer à la tarification du carbone, regrette François Cardinal.

Or, le monde a changé depuis 12 ans.

Le dérèglement climatique s’est accéléré.

Les rapports scientifiques se sont durcis.

L’environnement s’est hissé au sommet des priorités des Canadiens.

Et le prix Nobel de la paix a été remis l’an dernier à deux économistes, Paul Romer et William Nordhaus, qui ont démontré que « la solution la plus efficace aux problèmes causés par les émissions de gaz à effet de serre » est l’imposition d’un prix sur le carbone.

Mais rien à faire, les conservateurs n’en veulent toujours pas. Même si le très à droite Fraser Institute le recommande. Même si les pétrolières ont fini par l’exiger. Même si certains membres éclairés du parti les invitent à le faire, comme Brian Mulroney et Preston Manning, qui soutient la tarification du carbone « de tout cœur ».

Mais non, les candidats à la direction du PCC continuent de s’entêter.

En prétextant l’importance de ne pas taxer davantage les Canadiens… même si la taxe imposée par Justin Trudeau sera remboursée à la plupart des contribuables !

D’ailleurs, le directeur parlementaire du budget a révélé hier que les Canadiens recevront plus d’argent cette année qu’ils en paieront par l’entremise de la taxe carbone. On répète : la plupart des contribuables vont obtenir un remboursement de la taxe carbone… plus élevé que ce qu’ils vont payer en taxe carbone.

Ce qui n’empêche toujours pas les conservateurs de trouver tous les défauts de la terre à cette mesure censée sauver la Terre !

Pour montrer à quel point les candidats conservateurs sont en décalage avec la plupart des Canadiens, il suffit de prendre connaissance d’un sondage révélé par le Toronto Star en octobre dernier, au lendemain du scrutin.

On y apprenait que l’écrasante majorité des sympathisants conservateurs qui ont tourné le dos au PCC au dernier rendez-vous électoral l’ont fait en raison de la position environnementale du parti.

En isolant les électeurs qui ont envisagé de voter pour le Parti conservateur, mais ne l’ont pas fait, les sondeurs ont réalisé que 77 % d’entre eux considéraient le climat comme une priorité. Et ces mêmes répondants, lorsqu’on leur demandait d’évaluer la position des conservateurs, ont donné en moyenne une note de D…

« Ce que ces résultats révèlent, c’est que les conservateurs ont perdu des milliers de votes, surtout dans les régions importantes comme Toronto et sa banlieue, précisent les auteurs de l’enquête, Michael Bernstein, de Clean Prosperity, et Peter Loewen, professeur de la Munk School à Toronto. Si ces gens avaient appuyé les conservateurs, nous aurions pu avoir un gouvernement très différent. »

Et pourtant, dans les trois derniers mois, les seules fois (ou presque) où vous avez entendu les ténors du Parti parler de climat, c’est pour attaquer la tarification du carbone ! Comme s’il s’agissait de l’essentiel de leur plan vert.

« La classe moyenne au Canada n’acceptera pas l’indifférence sur cette question, a pourtant lancé Brian Mulroney en guise d’avertissement, il y a quelques mois. Quiconque ne comprend pas cela – ou fait campagne contre cela – en paiera le prix. »