Quelqu’un croit-il vraiment que la réussite scolaire va s’améliorer si on élimine certaines journées en classe pour en surcharger d’autres ? Qu’un enfant assimilera mieux la matière si on lui demande de rester 15 minutes de plus en classe en fin d’après-midi alors qu’il est déjà saturé d’apprentissages ?

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Pourtant, c’est ce qui se passe parfois. Comme l’a révélé La Presse la semaine dernière, dans certaines écoles, les journées pédagogiques ne suffisent plus aux enseignants pour accomplir leurs tâches connexes (formation, paperasse, rencontres). Alors ils ont inventé « l’école sans élèves ». Des journées qui s’ajoutent aux congés pédagogiques prévus, où les jeunes doivent fréquenter le service de garde ou rester chez eux.

Québec ignore le nombre d’écoles touchées ou le nombre de journées ainsi chamboulées. En fait, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, n’était même pas au courant que ce phénomène existait, et il n’est pas seul. La Fédération des comités de parents et la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement l’ignoraient aussi. Quant à la Fédération des syndicats de l’enseignement, elle le savait, mais elle s’en désole.

À lui seul, ce dossier est symptomatique de ce qui cloche en éducation : un réseau immense qui ne se connaît pas lui-même et des enseignants surchargés qui peinent à fournir à la tâche.

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« Le grand test sera la prochaine renégociation de la convention collective », prévoit notre éditorialiste.

Le régime pédagogique prévoit l’équivalent de 180 journées d’enseignement en classe. Pour les enseignants, 20 journées pédagogiques s’ajoutent à ce travail en classe. Dans certaines écoles, ces journées pédagogiques ne suffisent plus.

Pourquoi ? Ça dépend à qui on le demande. Certains accusent les réunions qui s’éternisent ou les formations trop rigides. On pourrait chipoter longtemps sur les causes, à la recherche d’un coupable.

Mais ne perdons pas de vue le portrait d’ensemble. Il y a un constat évident qui devrait inquiéter tout le monde. Enseigner aujourd’hui, ce n’est plus comme avant.

Le nombre de diplômés en enseignement baisse depuis une décennie. Et parmi ces jeunes diplômés, plus du quart aura quitté la profession après cinq ans.

Pendant ce temps, le nombre d’élèves, lui, augmente. Et parmi ces élèves, il y en a de plus en plus en difficulté d’apprentissage.

On a souvent parlé du défi que cela représente en classe pour les enseignants. Mais une fois que la cloche a sonné, le travail hors de la classe est lui aussi plus lourd. Les enseignants doivent remplir des plans d’intervention pour les élèves en difficulté en plus du suivi avec les parents et les spécialistes, ainsi que la rédaction de plans de classe et autres rapports exigés par les directions d’école, les commissions scolaires et le ministère de l’Éducation.

En d’autres mots, nos enseignants sont surchargés.

Tout cela explique au moins en partie la hausse de 13 % depuis cinq ans des congés de maladie. Et malheur, si un enseignant doit s’absenter, il manque aussi de suppléants.

Les journées sans élèves sont le point culminant de cette surcharge de travail. Certes, il y a sans doute du temps qui se perd en réunions et des formations qui s’éternisent sans toujours être utiles.

Mais cela ne change pas le cœur du problème : les enseignants manquent d’oxygène.

Voilà pourquoi la grande priorité du ministre Roberge doit être de valoriser la profession enseignante comme il s’y est engagé. Bien sûr, cela ne se réglera pas en claquant des doigts. Il faudra du temps pour embaucher des renforts et mettre en place ses excellentes idées comme le mentorat. Permettre aux enseignants de mieux choisir leur offre de formation continue pourrait aussi être utile. Mais le grand test sera la prochaine renégociation de la convention collective. Car tant que les enseignants auront l’impression de ne pas réussir à bien faire leur travail, les élèves en seront les premiers à payer le prix.

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