Les Bouddhas de Bamiyan en Afghanistan, les trésors de Palmyre en Syrie, les mausolées de Tombouctou au Mali. Ces trésors de l’histoire de l’humanité ont tous une chose en commun. Ils ont été détruits sciemment au cours des 20 dernières années par des groupes islamistes extrémistes : les talibans, Daech et Ansar Dine. En menaçant de s’en prendre à plusieurs sites culturels iraniens, Donald Trump semblait vouloir joindre ce club peu fréquentable. Il s’est fait rappeler à l’ordre, mais pas sans avoir cassé de pots.

Laura-Julie Perreault Laura-Julie Perreault
La Presse

Meidan Emam

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La Place de l’Imam

Dans un tweet le 4 janvier puis lors d’une conférence de presse le lendemain, le président américain a affirmé qu’il était prêt à frapper « vite et fort » 52 sites importants de la culture iranienne, si l’Iran osait répliquer à l’assassinat par les États-Unis du général Qassem Soleimani. Sa garde rapprochée lui a rappelé que c’est un crime de guerre, selon la Convention de La Haye, de cibler des sites culturels. « C’est la loi, moi j’aime obéir à la loi », a fini par concéder Donald Trump mardi. Ces bravades ont cependant eu le mérite de rappeler au reste du monde la richesse du patrimoine iranien. À lui seul, le pays ne compte pas moins de 24 sites appartenant au Patrimoine mondial de l’UNESCO, dont le Meidan Emam ou la Place de l’Imam, à Ispahan, une des plus belles places du monde. Cette dernière fut construite au tournant de XVIe et du XVIIe siècle sous les ordres du Chah Abbas 1er.

Incontournable des voyageurs

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Le bazar de Téhéran

Depuis l’avènement de la République islamique en 1979, il est facile d’oublier que l’Iran a déjà figuré sur la liste des incontournables des voyageurs s’intéressant à l’histoire humaine. Aujourd’hui, le pays reçoit environ 4,9 millions de touristes étrangers chaque année, soit le quart de ce qu’accueille annuellement le Canada. Les visiteurs américains et canadiens ne détenant pas de passeports iraniens sont rares, mais y sont bien accueillis par une population civile particulièrement hospitalière et prompte à prendre des distances du régime en place.

Persépolis

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Persépolis

Persépolis, capitale de l’Empire achéménide fondée par le roi Darius 500 ans avant Jésus-Christ, est certainement le site le plus connu du pays. Et il l’est depuis longtemps. Dans la grande arche qui sert d’entrée au musée, on retrouve des graffitis de voyageurs remontant à 1796.

La forteresse ébranlée

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La forteresse de Bam

La forteresse de Bam, dans le sud du pays, tire ses origines de la même période que Persépolis. Ce centre de commerce important de la route de la Soie était le plus grand ensemble architectural en adobe du monde avant le tremblement de terre de 2003 qui l’a presque effacé de la surface de la Terre. Depuis, l’État iranien a déployé de grands efforts pour la reconstruire et la protéger davantage.

Yazd, la belle du désert

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La ville historique de Yazd

Une des plus anciennes villes de la planète et lieu de naissance de l’ancien président iranien réformiste Mohammad Khatami, la ville historique de Yazd vient tout juste de joindre la liste du patrimoine mondial. Cette ville en plein désert a été construite sur un réseau de canaux souterrains qui permettent à la fois d’approvisionner la ville en eau et de rafraîchir les maisons. Encore aujourd’hui, on y trouve parmi les plus belles maisons traditionnelles du pays. L’héritage zoroastrien de la ville est lui aussi bien préservé. Malgré les récriminations du régime islamique qui tente d’interdire certaines pratiques de cette religion ancienne, une tour du silence, centrale dans les rites funéraires zoroastriens, est toujours visible en périphérie de la ville historique.

L’héritage du chah

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Le Palais de Golestan

En 1979, c’est uni contre le dernier chah d’Iran, Mohammed Reza Pahlavi, que les Iraniens se sont soulevé dans une grande révolution populaire, plus tard récupérée par le clergé chiite sous la gouverne de l’ayatollah Khomeini. Le chah et une bonne partie de sa famille ont fui le pays et leurs avoirs ont été saisis par l’État. Aujourd’hui, cependant, le Palais de Golestan, où le dernier chah a été couronné, est un musée ouvert au public.

Fierté universelle

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Le pont Si-o-Se Pol

Il y aurait beaucoup d’autres sites d’importance à mettre sur cette liste, dont les grands bazars du pays, la magnifique mosquée du vendredi d’Ispahan et le pont Si-o-Se Pol ci-dessus. La richesse du patrimoine culturel ne fait aucun doute. On pourrait même dire que dans un pays où la politique divise profondément la population, la culture et l’héritage patrimonial est l’un des rares points de convergence entre fervents religieux et aspirants à la laïcité, entre pauvres et riches.

Mosquée du Vendredi

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La mosquée du Vendredi

En menaçant de s’en prendre à ce legs, objet de fierté universelle, Donald Trump a envoyé un bien drôle de message aux Iraniens. Il leur a dit ouvertement qu’il ne ciblait pas seulement le régime autoritaire des ayatollahs, mais le peuple iranien en entier. Une bien mauvaise cible. Le président américain a beau avoir changé d’idée depuis, le mal est fait. Et les Iraniens ont la mémoire longue.

NDLR : Notre journaliste a séjourné cinq fois en Iran lors de reportages réalisés entre 2001 et 2013.