Il faut avoir un sacré culot pour affirmer avec le plus grand sérieux, comme l’a fait vendredi le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, que « le monde » est désormais « beaucoup plus sûr ».

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

N’a-t-il pas remarqué que « le monde » n’a pas poussé un grand soupir de soulagement en apprenant que Donald Trump avait donné le feu vert à l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani ?

Plutôt le contraire.

Le monde, actuellement, retient son souffle.

D’ailleurs, si l’objectif de Donald Trump avait été de rendre le monde plus sûr en contribuant un tant soit peu à la stabilisation du Moyen-Orient, il n’aurait pas saboté l’accord sur le nucléaire iranien en 2018. On n’allume pas un briquet dans une poudrière.

PHOTO VAHID SALEMI, ASSOCIATED PRESS

Un enfant brandissant le portrait du général Soleimani, hier à Téhéran

Car il s’agit bel et bien du péché originel de la Maison-Blanche dans le dossier iranien, celui qui a mené les deux pays au bord du précipice. Cet accord signé sous Barack Obama était imparfait, mais aussi utile que précieux. Or, Donald Trump avait fait campagne en le dénigrant et en promettant d’en négocier un meilleur.

Une fois élu, après avoir annoncé son retrait de l’entente, Donald Trump a voulu forcer le régime iranien à faire davantage de concessions en tentant de l’étouffer avec des sanctions. À Washington, certains ont même cru naïvement qu’ils allaient ainsi, peut-être, parvenir à faire tomber le régime des mollahs.

Ce n’est pas à une capitulation, mais plutôt à un ressac — prévisible — que Washington a eu droit. L’an dernier, quelques navires ont été attaqués près du territoire iranien ainsi que des installations pétrolières en Arabie saoudite.

Puis, au cours des derniers jours, la situation a véritablement dégénéré. Un Américain a été tué lors d’une attaque à la roquette en Irak et Washington a riposté avec une frappe qui a tué 25 membres d’une milice pro-iranienne. Dans la foulée, mardi et mercredi, l’ambassade américaine à Bagdad a été prise d’assaut par des manifestants.

Il n’était alors pas encore trop tard pour miser sur une désescalade. Mais le président républicain a choisi de se lancer tête baissée dans la direction opposée.

Ses prédécesseurs, Barack Obama et George W. Bush, avaient pour leur part refusé d’ordonner l’assassinat du général Soleimani, craignant les conséquences d’un tel geste. Donald Trump, lui, l’a fait en bombant le torse, en jurant qu’il avait agi pour « arrêter une guerre ».

Pourtant, la situation va forcément s’envenimer. Les autorités iraniennes promettent qu’elles se vengeront. La question n’est pas de savoir s’il y aura des représailles, mais bien où et quand elles se produiront. Et ce que fera Donald Trump par la suite.

Ce président, qui se disait allergique aux expéditions guerrières au Moyen-Orient, vient de se mettre le doigt dans un engrenage qui pourrait se révéler infernal. D’ailleurs, le Pentagone a rapidement annoncé l’envoi de plus de 3000 soldats additionnels dans la région. Cette surenchère pourrait se poursuivre.

Pourquoi un tel virage à 180 degrés de la part d’un président qui, jusqu’ici, avait fait preuve de retenue sur la scène internationale ?

Pour prouver aux Iraniens qu’on ne défie pas impunément l’Amérique, assurément. Il ne faut pas non plus oublier que certains de ses plus précieux alliés au Moyen-Orient, tout particulièrement Israël et l’Arabie saoudite, rêvent depuis longtemps du jour où les États-Unis puniront sévèrement l’Iran.

On ne devrait pas non plus balayer d’un revers de la main l’idée que Donald Trump ait pu prendre cette décision avec, en tête, la situation politique aux États-Unis. Tant son procès en destitution que la course à la Maison-Blanche. Dans une moindre mesure, cela peut, potentiellement, être pris en compte.

PHOTO LEAH MILLIS, REUTERS

Surveillance devant la Maison-Blanche, hier à Washington

Mais par-dessus tout, ne perdons pas de vue que nous avons affaire, ici, à un président américain mal entouré et que son expérience en matière de politique étrangère est inversement proportionnelle à la taille de son ego.

Une telle prémisse n’a rien de rassurant, mais elle permet à tout le moins de faire preuve d’un sain réalisme quant à la suite des choses en Iran, mais aussi en Corée du Nord, où la situation est également en train de dégénérer.