Alors que s’amorce la nouvelle année, nos éditorialistes formulent quatre souhaits qu’ils aimeraient voir se réaliser en 2020.

Un virage vert foncé

L’année 2020 sera environnementale ou ne sera pas, si on se fie aux rumeurs en provenance de la colline parlementaire à Québec.

C’est une bonne nouvelle sur papier. Suffit de se rappeler le vide sidéral de la plateforme électorale de la CAQ sur l’environnement pour s’en convaincre ! On proposait alors des élargissements d’autoroutes, une bétonisation des milieux humides et un retour des motoneiges dans un parc national. Mais rien pour la planète… sinon la décontamination des terrains de l’est de Montréal !

François Legault dit avoir eu une épiphanie depuis. Il dit avoir enfin compris. Tant mieux, mais faudra voir, car les conversions spontanées donnent rarement de grands résultats.

Si le premier ministre (et son fort discret ministre de l’Environnement, Benoit Charette) se contente d’ajouter une consigne de 10 cents sur les bouteilles et de pousser pour le développement de l’hydroélectricité, ça ne suffira pas, disons-le.

Il faut de toute urgence s’attaquer au transport, on n’y échappe tout simplement pas au Québec. Il faut plus de transport en commun, comme le REM, les prolongements du métro, les bus à haute fréquence et le tramway. Mais il faut aussi des mesures courageuses pour réduire les déplacements solos, la consommation d’essence, l’achat de grosses cylindrées, etc.

Sans ça, le virage vert ne le sera tout simplement pas.

— François Cardinal

Culture : des lois pour le XXIe siècle

Steven Guilbeault ne dirige pas le ministère de l’Environnement, mais cela ne signifie pas que le défi est inintéressant. Au contraire, une occasion historique s’offre à lui : faire entrer notre culture dans le XXIe siècle en modifiant les poussiéreuses lois fédérales sur la radiodiffusion, les télécommunications et le droit d’auteur. Durant son premier mandat, le gouvernement Trudeau a consulté, puis consulté, puis encore consulté… Il est temps de changer notre système réglementaire pour que les géants étrangers du web contribuent enfin au financement et à la diffusion du contenu canadien et québécois. Et aussi pour que les artistes cessent de recevoir des miettes de peanuts pour leur travail, pendant que les fournisseurs d’accès internet et que les plateformes étrangères empochent le magot.

PHOTO BLAIR GABLE, ARCHIVES REUTERS

Depuis deux décennies, le CRTC s’obstine à ne pas réglementer nos productions culturelles sur l’internet. L’année dernière, le vent a enfin tourné. L’organisme a recommandé d’adapter nos lois. Un rapport d’expert doit être remis dans les prochaines semaines avec des recommandations. Espérons que le ministre Guilbeault n’hésite pas à agir. Sinon, le Canada s’enfoncera encore plus dans un système injuste où les artistes donnent malgré eux leur travail à des géants du web qui gardent tout l’argent pour eux, souvent sans même payer d’impôt.

Il y a urgence d’agir, autant pour rétablir la justice fiscale que pour protéger la vitalité de notre culture.

— Paul Journet

Novembre 2020 

PHOTO BRENDAN SMIALOWSKI, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Ce sera l’occasion de permettre à Donald Trump d’aller relever de nouveaux défis, à l’extérieur de la scène politique américaine. Il s’agira peut-être de la seule et unique occasion des cinq prochaines années (si les républicains conservent le contrôle du Sénat à la suite des élections, ils pourront continuer de bloquer toute tentative de destitution, peu importe les fautes commises). Reste à voir si les Américains en profiteront pour limiter Donald Trump à un seul mandat. Parce que malgré toutes ses inepties, l’économie américaine va bien, très bien. Et pendant ce temps, les démocrates peinent à trouver un candidat qui a l’étoffe non seulement d’un président, mais ausso du politicien qui parviendra à terrasser Donald Trump. Pourtant, c’est fondamental. Un échec des démocrates provoquerait un séisme dont l’onde de choc serait ressentie aux quatre coins du monde. Quatre ans à la Maison-Blanche, ça peut être vu comme une erreur de parcours. Une parenthèse. Rien de plus. Mais une réélection, c’est une consécration. Et huit ans, c’est assez long pour que ce président puisse infléchir le cours de l’Histoire. D’autant plus que, n’ayant plus vraiment de comptes à rendre aux électeurs, il pourrait laisser libre cours à ses plus bas instincts. D’où notre vœu pour la nouvelle année : amis américains, faites cesser ce calvaire.

— Alexandre Sirois

Politique : le retour du centre radical

Et si on faisait ensemble une révolution vers le centre en 2020 ? Depuis 2016, on a l’impression que le monde est un immense pendule qui oscille entre les extrêmes, à gauche comme à droite. Sur la scène politique, des candidats de la marge ont gravi les plus hauts échelons et imposé leur vision tordue du monde sur tous les continents. Les Donald Trump (États-Unis), Rodrigo Duterte (Philippines) et Jair Bolsonaro (Brésil) de ce monde multiplient les énoncés outranciers et les politiques rétrogrades. Les Nicolás Maduro (Venezuela), les Bachar al-Assad (Syrie) et les Vladimir Poutine (Russie) gardent leur population en otage pour asseoir leur pouvoir.

PHOTO MIKHAIL KLIMENTYEV, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le président russe Vladimir Poutine et le président syrien Bachar al-Assad.

Les idées extrémistes se répandent aussi sur les réseaux sociaux comme une traînée de poudre de dynamite. Dans ce Colisée moderne, de plus en plus d’internautes s’enferment dans des chambres d’écho et en ressortent pour fustiger, souvent à coup de haine, tous ceux qui ne leur ressemblent pas et ne partagent pas leurs idées.

Les médias se polarisent aussi, redevenant parfois de véritables outils partisans pour des mouvances politiques ou carrément à la solde d’États répressifs. Donnons Fox News et Russia Today en exemple.

En 2020, on devrait peut-être lancer un seau d’eau glacée sur nos têtes pleines d’idées bouillantes et tempérer nos ardeurs. Au centre, loin des extrêmes, on serait peut-être capables de se parler et d’avancer. Le bon vieux centre n’a jamais été aussi radical.

— Laura-Julie Perreault