Le Groupe d’action contre le racisme, qui a publié ses recommandations lundi, a volontairement éludé tout débat sur le racisme ou la discrimination systémique

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

Ironiquement, plusieurs de ses propositions sont… systémiques.

Mettre fin aux interpellations policières aléatoires qui ciblent trop souvent les minorités visibles, c’est une mesure systémique.

Faciliter le processus de plainte contre la discrimination en matière de logement, lancer des programmes de formation en matière de racisme, ça aussi, c’est systémique. Tout comme l’obligation de nommer au moins un représentant de minorités visibles au sein des conseils d’administration des organismes publics.

On peut présumer que des correctifs systémiques visent à réparer des failles systémiques. Mais acceptons le pari du groupe formé des ministres Nadine Girault, Lionel Carmant et Ian Lafrenière, qui a choisi d’agir vite, d’éviter les débats de chapelles et de puiser dans les diagnostics passés pour proposer un plan de « soins » en 25 points.

L’approche a du bon. Et du moins bon.

Commençons par le bon.

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Cela fait des années que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) et d’autres organismes de lutte contre la discrimination appellent à l’interdiction des interpellations policières aléatoires. Pour la première fois, des membres du gouvernement demandent à Québec d’agir en ce sens. Il était plus que temps.

Les campagnes de sensibilisation, la formation continue pour les policiers, et même la création d’un ministère consacré spécifiquement à la lutte contre le racisme sont autant de gestes réclamés depuis des années, trop longtemps laissés en plan.

Aussi, le président de la CDPDJ, Philippe-André Tessier, ne pouvait-il que se réjouir en voyant plusieurs des demandes passées de la Commission reprises par le trio ministériel. Le plan d’action est « prometteur », selon lui.

Prometteur, en effet. Sauf que le chemin entre les bonnes intentions et la réalité est truffé d’obstacles. Et qu’à bien des égards, le Groupe d’action ne dit pas comment il va les surmonter.

Prenons la présence des minorités visibles au sein de la fonction publique québécoise. Actuellement, celles-ci représentent 13 % de la population du Québec. Et seulement 6 % des employés du secteur public. Gros rattrapage en perspective.

Le Groupe de travail propose de le réaliser en cinq ans.

Comment ? Par quels moyens ? À quel rythme ? Grâce à quels mécanismes ? Spécialiste de l’intégration des minorités à l’emploi, Marie-Thérèse Chicha trouve les « actions » proposées à ce chapitre, pourtant central, particulièrement mollassonnes.

Il y a 20 ans que le Québec s’est doté d’une loi d’accès à l’égalité en emploi dans les organismes publics. Le hic, c’est que cette loi manque de mordant. Que fera-t-on de plus d’ici 2025 ?

Le Groupe d’action renvoie cette question… dans la cour du futur ministre responsable de la lutte contre le racisme. C’est aussi le cas avec plusieurs autres questions soulevées par le plan d’action express du gouvernement contre le racisme.

Notamment celle, cruciale, du suivi des recommandations.

Comment fera-t-on pour s’assurer de la réalisation des promesses du Groupe d’action ? Où sont les mécanismes d’évaluation du chemin parcouru ?

Il y a trois ans, le gouvernement de Philippe Couillard projetait tenir une vaste consultation sur la discrimination systémique et le racisme au Québec. L’initiative, on se souvient, s’est terminée lamentablement, en queue de poisson.

Au lieu d’une vaste consultation, le gouvernement Legault a choisi d’aller droit au but. En agissant seul, sans faire appel aux partenaires des autres partis, en évitant tout exercice d’auscultation publique potentiellement douloureux. Et en faisant l’économie d’une véritable politique de lutte contre le racisme et la discrimination.

Plusieurs des mesures proposées lundi sont attendues depuis longtemps. On ne va pas bouder notre plaisir. Mais ce « plan d’affaires » en 25 points laisse beaucoup trop de questions en suspens pour qu’on puisse penser que l’offensive anti-discrimination est définitivement sur les rails.

Nous avons hâte d’en discuter avec le ministre qui héritera, prochainement espère-t-on, de ce beau et nécessaire défi.