François Legault a dû renoncer cette semaine à son généreux cadeau de Noël… mais on ne lui en tiendra pas rigueur.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Un bon premier ministre, c’est celui qui tient ses promesses, mais qui sait aussi prendre des décisions difficiles lorsqu’elles s’imposent, ou même renier ce qu’il avait promis s’il réalise qu’il avait tort.

François Legault a non seulement pris la bonne décision en annulant les rassemblements dans les zones rouges, il a aussi compris qu’il devait l’annoncer plutôt tôt que tard.

On ne se rapprochait pas du chiffre magique, fixé à 1000 nouveaux cas par jour. On s’en éloignait.

La transmission communautaire est en hausse et, cette fois, presque toutes les régions du Québec sont menacées.

Si rien n’est fait pour freiner la progression de l’épidémie, le pire est à venir.

« Les trois prochains mois vont être les pires de la pandémie », a lancé le premier ministre, évoquant le sort dramatique de nos voisins des États-Unis, où l’épidémie fait des ravages comme jamais auparavant.

On peut effectivement regarder de l’autre côté de la frontière – où on vient de franchir le cap des 100 000 hospitalisations – pour avoir une idée de ce qui peut nous attendre si on fait preuve de négligence plutôt que de vigilance.

PHOTO ANDREI STANESCU, GETTY IMAGES

« Le cadeau le plus utile qu’on puisse s’offrir cette année, c’est de tenter de casser la vague en attendant le vaccin », écrit notre éditorialiste Alexandre Sirois.

Mais pas besoin, non plus, de quitter le pays pour s’en rendre compte.

Dans certaines provinces canadiennes, le nombre de nouveaux cas connaît une hausse fulgurante. Elle est accompagnée, fatalement, d’une augmentation du nombre d’hospitalisations et d’un SOS lancé par le milieu de la santé.

Le gouvernement caquiste a d’ailleurs probablement eu moins de scrupules à interdire les rassemblements à Noël parce que d’autres provinces l’avaient déjà fait.

« Je suis le gars qui est en train de voler Noël pour vous protéger », a ainsi affirmé cette semaine le premier ministre manitobain Brian Pallister, la voix à demi étouffée par l’émotion.

> Pour voir l’intervention de Brian Pallister

Preuve que ce ne sont pas des décisions qu’on prend de gaieté de cœur.

Elles s’imposent, toutefois, à la lumière d’une équation plutôt simple. Situation épidémiologique fragile + système de santé fragile + évènement qui favorise la contagion = catastrophe appréhendée.

Sans oublier qu’en janvier et février, même lorsqu’il n’y a pas de pandémie, les urgences débordent au Québec.

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Observons par ailleurs ce qui va se passer au cours des prochaines semaines aux États-Unis, là où des millions de personnes ont voyagé récemment pour célébrer l’Action de grâce avec leurs proches.

On ne le souhaite pas, mais la situation devrait se détériorer encore un peu plus. Et un lien de cause à effet avec les festivités sera forcément établi.

Ça devrait nous conforter dans l’idée que le cadeau le plus utile qu’on puisse s’offrir cette année, c’est de tenter de casser la vague en attendant le vaccin.

L’idée, c’est d’effectuer un virage à 180 degrés.

Les mesures prévues pour réduire la contagion à Noël – école à distance, accent mis sur le télétravail – n’ont pas été annulées. On a même ajouté des restrictions cette semaine : on vient de resserrer les règles sanitaires dans les commerces et on annonce aussi un tour de vis supplémentaire dans les résidences privées pour aînés et les CHSLD.

Profitons-en pour renverser la tendance.

C’est, en quelque sorte, le nouveau contrat moral qui vient de nous être proposé par Québec.

On aurait tort de ne pas le respecter. C’est le moment, encore une fois, de se serrer les coudes.

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Mais ce nouveau contrat ne devrait pas nous faire oublier un autre objectif fondamental à atteindre pendant les Fêtes : prendre soin des plus vulnérables, de ceux pour qui se rassembler à Noël représentait la lumière au bout du tunnel.

La détresse va certainement s’accentuer.

Ça va être le moment de s’entraider.

Ce ne sera pas évident, dans les circonstances, de prendre du recul, nous a expliqué Marie-France Marin, professeure au département de psychologie de l’UQAM. Particulièrement en raison de l’état de stress chronique dans lequel nous sommes plongés.

Pourtant, c’est crucial.

C’est important de se rappeler, comme le fait remarquer l’experte, qu’on « n’a pas annulé Noël ». On va pouvoir, malgré tout, avoir un Noël « plaisant et sécuritaire » plutôt que le Noël de tous les dangers.

On aurait tout avantage à se persuader que c’est, en soi, une excellente raison de célébrer.