Ils se comptent par milliers, peut-être par dizaines de milliers, personne n’est en mesure d’estimer leur nombre avec précision.

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

Ce qu’on sait, en revanche, c’est qu’ils ont été sélectionnés par Québec, qu’ils étudient, travaillent et vivent parmi nous depuis de nombreuses années.

Et qu’aujourd’hui, ils poireautent sans aucune raison dans les méandres de la bureaucratie de l’immigration.

Au cours des dernières semaines, des immigrants en attente de résidence permanente ont manifesté au Québec pour exprimer leur exaspération face aux délais qui sont en train d’exploser. Et ils ont de quoi être exaspérés.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Des migrants ont manifesté l’été dernier devant les bureaux de l’Agence des services frontaliers du Canada et d’Immigration, à Montréal.

Traditionnellement, entre le moment où un immigrant dépose sa demande de résidence permanente à Ottawa et le moment où il reçoit une réponse, il s’écoule environ six mois.

Encore aujourd’hui, c’est le délai observé partout au Canada. Sauf au Québec où l’attente moyenne atteint… 26 mois. Nous parlons ici d’immigrants économiques, ceux qui répondent aux besoins de main-d’œuvre du Québec et qui détiennent leur « CSQ » : certificat de sélection du Québec. Et ils doivent attendre plus de deux ans une réponse aussi vitale.

En fait, depuis 2019, Ottawa n’émet même plus d’accusé de réception pour les nouvelles demandes. Les immigrants en attente meurent d’inquiétude parce que leur CSQ, lui, est valide pendant deux ans. Et qu’en absence d’une confirmation formelle du dépôt de leur demande, ils risquent de se retrouver le bec à l’eau, avec un permis de travail frôlant la date de péremption, avec le risque de perdre leur droit à l’assurance maladie et celui, peut-être, de devoir rentrer dans leur pays d’origine.

Répétons qu’il s’agit ici d’immigrants économiques déjà sélectionnés par Québec. Alors pourquoi cette attente interminable ? À qui la faute ? Un peu à Québec, un peu à Ottawa.

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Rappelons qu’en vertu d’un accord fédéral-provincial signé il y a 30 ans, le Québec définit sa propre politique d’immigration. Il choisit ses immigrants économiques selon ses propres critères et ses propres seuils.

Ottawa n’intervient qu’au bout du processus, pour des vérifications médicales et de sécurité. Il s’agit généralement d’une formalité. Mais d’une formalité incontournable.

Or, Ottawa ajuste le rythme de traitement des demandes de résidence permanente au niveau d’immigration établie par Québec. Et comme le gouvernement Legault a baissé considérablement les seuils d’immigration en 2019 et 2020, le système a bloqué.

Dès que les seuils de l’an dernier ont été atteints, on a simplement laissé les demandes s’accumuler, sans même prendre la politesse minimale de confirmer la réception du dossier. La machine a été arrêtée, point.

Encore une fois : les gens touchés par cette situation vivent et travaillent parmi nous, le Québec souhaite les accueillir. Et pourtant, ils sont plongés dans l’angoisse parce qu’ils ne savent même pas si leur demande de résidence permanente est arrivée à bon port. Bienvenue en Absurdistan.

Ottawa et Québec peuvent-ils trouver une façon de débloquer le processus, pour mettre un terme à ce traitement incompréhensible et inhumain ? Parlez-vous s’il vous plaît.

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Dossier connexe, celui des travailleurs essentiels dont le statut migratoire doit être régularisé. L’annonce en a été faite l’été dernier. Mais pour l’instant, le programme de régularisation reste virtuel… le dossier n’a pas bougé d’un poil.

On se rappelle que le gouvernement Legault voulait limiter le programme à un groupe restreint de travailleurs : le personnel soignant qui intervient directement auprès des malades atteints de COVID-19.

Ottawa est prêt à viser plus large et à inclure les préposés à l’entretien, concierges et gardiens de sécurité qui ont eux aussi été exposés au coronavirus.

Récemment, François Legault s’est montré ouvert à un élargissement du programme. Puis, il s’est ravisé. Ça engloberait trop de monde, semble-t-il.

Si on s’en tient à la définition actuelle du futur programme, on parle d’environ un millier de personnes, incluant les enfants des personnes régularisées. Ici aussi, les chiffres dont on dispose sont approximatifs. Mais si on élargit le programme, ce sera peut-être 3000 ou 4000 personnes ? Des gens qui travaillent ici et exercent des fonctions dont le Québec a cruellement besoin. Et on va leur dire non ?

La résistance du gouvernement Legault défie l’entendement.