Vous savez quelle est la meilleure façon de se disqualifier aux yeux des experts de transports en commun ? Vous n’avez qu’à proposer l’implantation d’un monorail…

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Voilà une lubie qu’on évoque de manière épisodique au Québec pour donner l’impression qu’on est dans le coup, qu’on a voyagé et qu’on a de l’ambition.

C’est ce qu’a fait Jean Drapeau en 1960 avant de se faire rabrouer par son bras droit, Lucien Saulnier, qui lui préférait le métro (heureusement !).

C’est ce qu’a fait Philippe Couillard en 2017 en proposant un monorail suspendu entre Montréal et Québec avant de reculer devant les moqueries (il n’en a jamais reparlé !).

Et c’est ce que vient de faire le BAPE en déposant un rapport hallucinant sur le tramway de Québec : un projet qu’il rejette pour on ne sait quelle raison… sous prétexte qu’il faut analyser d’autres solutions pour on ne sait trop quelle raison.

Québec a beau travailler sur le projet depuis 15 ans, les commissaires concluent en effet qu’il faudrait étudier l’ensemble des autres solutions dans le menu détail avant d’être bien certain que le tram est la meilleure d’entre toutes.

Un métro, peut-être ?

Un service rapide par bus ?

Un système léger sur rail ?

Ou pourquoi pas un monorail ? Le BAPE reconnaît que cette technologie est « risquée », au moins ça. Mais elle ne l’écarte pas complètement.

Et ce, même si on sait que les monorails sont des infrastructures en hauteur, posées sur des piliers de béton, qui défigurent les quartiers qu’ils franchissent. Vous imaginez la chose sur 22 km à travers la magnifique capitale, vous ? Pas étonnant que Sydney ait démoli le sien en 2013 justement parce que c’était une horreur en ville…

IMAGE FOURNIE PAR LA VILLE DE QUÉBEC

Esquisse du tramway de Québec

Mais peu importe aux yeux des commissaires, il en va du monorail comme des autres technologies : « Certaines options qui s’offraient à la Ville n’auraient pas dû être écartées et méritent d’être étudiées à leur juste valeur. »

Ouf…

Par où commencer ?

Par l’incompétence des commissaires, qui ne semblent pas avoir compris leur rôle. Ils font fi de la partie « audiences publiques » de leur mandat en omettant de préciser que près de 80 % des participants se sont montrés favorables au projet.

Par la faiblesse scientifique de la démonstration ? « On fait davantage face à des opinions qu’à des faits vérifiables », souligne avec raison Christian Savard, directeur général de Vivre en Ville.

Par le parti pris du BAPE pour le statu quo ? Demander des études sous prétexte qu’il doit y avoir quelque chose de plus « optimal » sans le démontrer est l’argument des opposants aux transports collectifs.

Par les incohérences du rapport ? Les commissaires reprochent par exemple à Québec de mousser son projet en ayant choisi un tracé « dans le but de maximiser l’achalandage », comme s’il s’agissait d’une faute !

Le maire Labeaume a raison : ce rapport est une « honte ».

Il rappelle en ce sens le rapport du BAPE de 2017 sur le Réseau express métropolitain (REM). Un rapport qui démolissait le projet de train électrique comme s’il s’agissait d’une usine de liquéfaction de gaz naturel (on est d’ailleurs impatient de lire le rapport sur GNL Québec après ces deux rapports…).

Le problème du REM : il n’était pas parfait et ne réglait pas tous les problèmes.

Le problème du tramway de Québec : même chose. Il « ne permet pas à lui seul d’atteindre tous les objectifs de mobilité durable », selon les commissaires, donc sa contribution s’avère « incertaine, voire limitée » !

Manifestement, on oublie que la perfection n’est pas de ce monde. Et que le mieux est l’ennemi du bien.

Le tramway de Québec, comme le REM à Montréal, a ses défauts. Mais les deux projets ont le mérite de desservir des milieux denses où le potentiel de transfert de l’auto au transport collectif est fort. Ils font également le lien avec le réseau routier et les parcours existants de bus, de métro ou de métrobus.

Mais de ça, les commissaires ne font rien. Comme s’ils n’avaient pas plus d’intérêt pour la partie « environnement » de leur mandat que pour celle portant sur les « audiences publiques ».