Voilà ! C’est fait ! Les Américains viennent – enfin – de dire à Trump qu’il est congédié !

Alexandre Sirois
Alexandre Sirois La Presse

Et ils l’ont fait avec un enthousiasme délirant.

On a vu des électeurs soulagés fêter la victoire de Joe Biden d’un bout à l’autre du pays. En liesse. Comme s’ils célébraient le départ d’un envahisseur.

Des scènes à l’image de ce que l’écrivain Stephen King – l’un des plus féroces détracteurs de Donald Trump sur Twitter ces dernières années – a écrit samedi sur ce réseau social : il a parlé d’un des « plus beaux jours » de sa vie.

Vu de l’extérieur, le résultat du scrutin nous donne envie de nous réconcilier avec les États-Unis.

Envie de donner raison à Bill Clinton qui avait dit, lors de son discours d’investiture en 1993, qu’il « n’y a rien de mauvais en Amérique qui ne puisse être guéri par ce qui est bon en Amérique ».

Envie de faire preuve d’espoir et d’optimisme, comme en 2008, quand nos voisins avaient élu le premier président noir de l’histoire de leur pays.

Notons d’ailleurs que Kamala Harris sera, en 2021, la première femme et la première personne noire à accéder à la vice-présidence.

C’est l’une des raisons pour lesquelles la victoire de Joe Biden est marquante.

Mais c’est loin d’être la seule…

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Vaincre un président qui termine son premier mandat, aux États-Unis, c’est l’exception plutôt que la règle.

Joe Biden a surmonté ce handicap de façon convaincante. Il a récolté quelque 4 millions de votes de plus que son rival.

Et globalement, avec plus de 74,5 millions de votes, Joe Biden a raison d’affirmer que jamais un président n’a été élu avec un tel soutien populaire. Barack Obama (élu avec 69,5 millions de votes en 2008) vient de passer au deuxième rang.

Autre succès de l’ancien vice-président : en temps de crise, les Américains serrent habituellement les rangs derrière leur président ; cette fois, ils l’ont lâché.

Enfin, rappelons que les leaders populistes comme Donald Trump ont la cote depuis quelques années.

Et lorsqu’ils prennent le pouvoir, ils conservent généralement la faveur de la population plus longtemps que les politiciens traditionnels, a démontré le politologue Yascha Mounk.

Selon lui, en votant pour Biden, les États-Unis sont « la première grande démocratie, de mémoire récente, à bouter un populiste hors du pouvoir à l’issue d’un unique mandat ».

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L’euphorie de la victoire ne durera pas très longtemps.

Donald Trump ne changera pas.

Il continue de prétendre qu’il a remporté l’élection et de fouetter au sang ses partisans avec des tweets mensongers.

On ne sait pas encore comment tout ça va se terminer…

Une fois au pouvoir, Joe Biden devra gérer le gâchis que lui laisse Donald Trump. ll se retrouvera à la tête d’un pays en piètre état.

Il y a des parallèles à faire avec Franklin D. Roosevelt, devenu président alors que son pays était rongé par la Grande Dépression.

En 2020, la crise n’est pas seulement économique. La pandémie frappe plus durement aux États-Unis que presque partout ailleurs tant elle a été mal gérée. Et les tensions raciales, attisées par Donald Trump, sont plus sérieuses qu’elles ne l’ont été depuis plusieurs décennies.

Par-dessus tout, le pays est tellement divisé qu’il faut, là encore, se plonger dans les livres d’histoire pour trouver une situation équivalente.

Mais sans faire preuve d’angélisme, on peut trouver des raisons d’espérer.

D’abord, Joe Biden est doté d’une solide expérience politique et sait faire la différence entre le bien et le mal. En soi, c’est déjà tout un contraste avec son prédécesseur.

Ensuite, il a compris qu’il doit être un président rassembleur. Que plus de 70 millions d’Américains ont voté pour Donald Trump et qu’ils ne peuvent pas être ignorés.

Ce fut d’ailleurs le thème central de son premier discours officiel en tant que président désigné. « Nous devons cesser de traiter nos rivaux comme des ennemis » et « mettre fin à cette ère de diabolisation », a-t-il dit. Il a du même souffle promis de « ne pas chercher à diviser, mais à unifier ».

Oh, ils sont grands les défis de Joe Biden !

Mais force est d’admettre qu’il est bien mieux placé que Donald Trump pour rendre à l’Amérique sa grandeur.

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