Il n’y a pas une, mais deux questions fondamentales qui se posent au sujet du scrutin de ce soir.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

La première : qui, de Donald Trump ou Joe Biden, va triompher ?

La deuxième : qu’est-ce qui va se passer si Joe Biden gagne ? Traduction : Donald Trump va-t-il reconnaître sa défaite ?

C’est le genre de question qu’on se pose généralement dans des pays où la démocratie est fragile, dans les républiques bananières, dans les nations dirigées par des dirigeants autoritaires.

Pas aux États-Unis !

PHOTO CHRIS DELMAS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Ce commerce de Beverly Hills a placardé ses vitrines, de crainte de débordements de violence après l’élection.

Mais ça fait des semaines que Donald Trump laisse planer le doute à ce sujet. Et ce serait naïf de ne pas le prendre au sérieux.

Depuis le début de sa présidence, non seulement il a regardé les autocrates et dictateurs de ce monde avec convoitise, mais il a aussi pris plaisir à piétiner l’héritage démocratique américain.

En insinuant que le processus électoral était truqué et que la fraude était courante, par exemple. En attaquant la légitimité de ses adversaires (Hillary Clinton mérite d’être en prison, Biden est à la tête d’une famille criminelle… on connaît la chanson !). En attisant la violence, un jeu dangereux auquel il se prête parfois.

Sans compter son mépris pour la vérité, les experts, la science et les diverses institutions démocratiques. Ça ne l’empêche pas seulement de bien gérer son pays, ça nourrit aussi le sentiment antidémocratique des Américains.

Jusqu’au grand patron de Facebook, Mark Zuckerberg, qui a dit la semaine dernière être inquiet « qu’il y ait un risque de troubles civils dans tout le pays alors que notre nation est si divisée et que les résultats électoraux prendront potentiellement des jours ou des semaines à être finalisés ».

(Ouvrons une parenthèse ici pour souligner l’ironie de la chose : il s’inquiète du climat toxique dans son pays alors que son réseau contribue à l’exacerber depuis tant d’années !)

D’autres ont carrément évoqué la possibilité d’une forme quelconque de conflit armé. C’est peu probable. N’empêche que si Donald Trump était un candidat normal, on ne serait pas en train de croiser les doigts en espérant un transfert pacifique du pouvoir.

On ne serait pas en train de se dire que nos voisins vivent désormais dans une trumpocratie, pour reprendre le néologisme popularisé par un ancien rédacteur de discours de George W. Bush, David Frum.

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Si la course s’avère plus serrée que ne l’indiquent les sondages nationaux, on pourrait donc ne pas connaître le nom du gagnant avant plusieurs jours.

Et Donald Trump tentera peut-être de tirer profit d’un phénomène que certains qualifient de mirage rouge (couleur associée au Parti républicain) pour dire qu’on lui a volé la victoire.

Explications : davantage de démocrates que de républicains semblent avoir voté par la poste. Or, dans plusieurs États, c’est le dépouillement des bulletins de vote remplis dans les bureaux de scrutin le jour même qui est fait en priorité. Et les républicains seront peut-être un peu plus nombreux à voter en personne, mardi.

On pourrait donc, ce soir, avoir une vision déformée du résultat, qui laisserait croire que Donald Trump va gagner… alors qu’au bout du compte, c’est Joe Biden qui remportera véritablement la victoire.

Un scénario à redouter. Ce mirage pourrait mener au sabotage.

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Le grand romancier américain Richard Ford, du haut de ses 76 ans, a écrit récemment qu’il a « l’impression que l’Amérique est comme n’importe quel autre pays susceptible de faillir ».

« Au pire de la guerre du Viétnam ou au lendemain du 11-Septembre, je n’ai jamais rien ressenti de tel », ajoute-t-il, avant de préciser qu’il a peur et qu’il est « vaguement désorienté ».

On n’osera pas faire de prédictions quant à ce qui va se passer lors du scrutin et au cours des prochains jours. On se permettra toutefois de conclure par un constat dérangeant : c’est inquiétant.