Lundi, un homme armé d’un couteau a proféré des menaces contre la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Mardi, en conférence de presse, le DHoracio Arruda a révélé être sous protection policière en lien avec des menaces « qui ont eu lieu et qui continuent d’avoir lieu ». Puis, en soirée, on apprenait qu’un homme était accusé de menaces de mort contre Valérie Plante.

Ça n’arrête pas : entre les insultes quotidiennes sur les réseaux sociaux, les menaces à leur intégrité et les intrusions dans leur vie privée, nos dirigeants n’ont sans doute jamais travaillé dans un climat aussi toxique.

Il faut le dénoncer.

Entendons-nous : il est normal que ça brasse socialement au Québec ces temps-ci. Des décisions qui ont d’énormes impacts sur nos vies sont prises presque quotidiennement et elles doivent être critiquées. Ajoutons que tout le monde a maintenant compris que les réseaux sociaux ne sont pas des salons feutrés dans lesquels le décorum et la bienséance priment toujours. Ceux qui s’y aventurent doivent s’attendre à un certain degré de confrontation.

Sauf que ce qui se passe actuellement transgresse allègrement et régulièrement la ligne de la critique légitime.

Un autre exemple s’est produit la semaine dernière quand des manifestants sont allés brandir leurs affiches devant le domicile d’Horacio Arruda, un soir de semaine.

Ils n’étaient qu’une quinzaine, direz-vous. Et ils avaient apporté des ballons pour « souhaiter bonne fête » au directeur de la santé publique (dont ce n’était pas l’anniversaire).

Mais on aurait tort de banaliser une telle action. Harceler M. Arruda jusque chez lui porte un nom : c’est de l’intimidation.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Quelques manifestants ont défilé devant le domicile d’Horacio Arruda la semaine dernière

« On va être des centaines la semaine prochaine », a d’ailleurs affirmé l’un des manifestants à un journaliste de La Presse qui était sur place.

Dans ce cas précis, agir est complexe. La frontière entre le droit de manifester et celui à la vie privée est floue. D’autant plus que la jurisprudence a évolué depuis le printemps érable. Vous vous souvenez d’« Anarchopanda contre la gratuité scolaire » ? Il a fait invalider devant les tribunaux l’obligation pour les manifestants de fournir leur trajet à l’avance aux autorités.

(Pour la petite histoire, il est ironique de savoir qu’il a aussi fait tomber le règlement qui empêchait les citoyens de manifester masqués !)

Mais cette intrusion dans la vie privée du DArruda reste odieuse et inquiétante, d’autant plus qu’elle s’inscrit dans un contexte délétère.

Le mois dernier, ce sont deux hommes qui étaient appréhendés par la police pour avoir proféré des menaces à l’endroit du premier ministre François Legault. L’émission Enquête de Radio-Canada révélait récemment que le porte-étendard du mouvement de contestation des mesures sanitaires, Alexis Cossette-Trudel, avait lancé sur YouTube un véritable appel à la violence contre le DArruda.

« Allez-y fort avec Arruda for prison, allez-y fort sur Arruda, “gloves off”, bar ouvert, on peut frapper dessus comme on veut », y disait-il.

« Chaque fois que j’aborde un sujet sur les réseaux sociaux, il faut que je fasse énormément de modération. Ce sont des messages à caractère violent, parfois menaçants, ou qui versent dans la désinformation. Je relaie les pires à la Sûreté du Québec, mais le problème est qu’il y en a tellement que ni moi ni personne dans mon équipe n’avons le temps de les voir tous », nous a confié la députée indépendante Catherine Fournier, particulièrement ciblée depuis qu’elle a déposé une motion visant à reconnaître que « la montée du phénomène complotiste au Québec est préoccupante et nécessite des actions concertées ».

Les internautes qui profèrent des menaces, en ligne ou en personne, doivent évidemment être débusqués et traduits en justice. À long terme, des efforts de régulation des réseaux sociaux, de déradicalisation et d’alphabétisation scientifique sont à envisager. En parallèle, permettez-nous simplement d’affirmer une évidence : nos dirigeants ne méritent pas ça. Ce qu’ils vivent actuellement est inacceptable.