Sentez-vous ?

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Il y a comme une odeur qui se dégage de la Maison-Blanche depuis quelques jours…

Une odeur de fin de règne.

Oh, rien d’étonnant, direz-vous.

Le comportement autodestructeur du président nous a fait vivre de nombreux moments délirants depuis le début de sa présidence.

À plusieurs reprises, il s’est approché du gouffre… pour ensuite continuer à avancer et tomber dedans ! Mais chaque fois, il a fini par en ressortir, presque indemne.

Par contre, cette fois, il y a au moins deux différences majeures.

Premièrement, il reste moins d’un mois avant le scrutin présidentiel.

Deuxièmement, le dérapage est particulièrement remarquable, même mesuré à l’échelle Trump (un jour, on voudra peut-être rebaptiser l’échelle de Saffir-Simpson, utilisée pour évaluer l’intensité des ouragans, du nom du président républicain !).

Ces jours-ci, en regardant les journalistes livrer leurs topos en direct de Washington, on imagine parfois qu’on va voir surgir derrière eux des acrobates, des dompteurs et des éléphants.

C’est un cirque. Et ça se remarque d’autant plus que ça détonne avec la gravité du moment : le président des États-Unis a été infecté par un virus qui, à son âge, pouvait être fatal.

Mais voilà donc Donald Trump de retour à la Maison-Blanche, en grande forme, semble-t-il.

Et contrairement au premier ministre britannique Boris Johnson, qui a pris la mesure de la pandémie après avoir été infecté, Donald Trump semble avoir tiré la mauvaise leçon de son expérience.

Non seulement il est guéri, mais il se sent « mieux qu’il y a 20 ans » ! Et il minimise la menace avec encore plus de zèle qu’avant. Circulez, il n’y a rien à voir !

C’est du Trump 100 % pur jus. Il se donne en spectacle sans se soucier des répercussions de ce qu’il dit et de ce qu’il fait.

Sa sortie impromptue devant ses partisans, dimanche, a été un modèle en la matière. Une initiative « d’une irresponsabilité stupéfiante », a déclaré un médecin de l’hôpital militaire Walter Reed où était soigné le président.

La méthode Trump, comme d’habitude, a fait des petits.

Le médecin personnel du président, Sean Conley, a jonglé avec les faits au lieu de donner l’heure juste. Le chef de cabinet de la Maison-Blanche, Mark Meadows, a pour sa part offert un compte rendu public différent de celui qu’il livrait sous le couvert de l’anonymat.

C’est le cirque, mon ami. Et tous ses numéros !

Sans compter qu’on en apprend un peu plus chaque jour sur la négligence dont a fait preuve le président et que le cercle des personnes contaminées ne cesse de s’élargir.

Ce freak show, qui survient dans la foulée d’un débat qualifié de shit show, ne l’aide pas à redorer son blason.

Et comme si ce n’était pas assez chaotique à son goût, il a mis fin abruptement, mardi, aux négociations avec les démocrates sur un plan d’aide jugé nécessaire pour atténuer la crise économique. Inexplicablement.

Ne comptez toutefois pas sur nous pour vendre prématurément la peau de cet ours mal léché.

PHOTO NICHOLAS KAMM, AGENCE FRANCE-PRESSE

Donald Trump, lundi à son retour à la Maison-Blanche

Les sondages nationaux ne sont vraiment pas encourageants pour Donald Trump, mais il est sage de s’en méfier. Dans plusieurs États cruciaux, là où ça compte, il est toujours dans la course : Floride, Ohio, Caroline du Nord et même Pennsylvanie, quoi que ça semble en train de se gâter dans ce dernier État.

L’écosystème médiatique conservateur continue de vanter les mérites du président avec enthousiasme. Et les politiciens républicains ne cherchent pas à s’en distancer.

En somme, même s’il y a une odeur de fin de règne à Washington, Donald Trump a encore de nombreux alliés, des partisans convaincus et plus d’un tour dans son sac.

La question est de savoir s’il réussira, en moins d’un mois, à dissiper cette odeur.

Chaque jour qui passe sans qu’il puisse se ressaisir rend sa tâche plus difficile.