On va retenir quoi de ce débat présidentiel, mis à part le fait que jamais un duel entre un président américain et son rival n’avait autant ressemblé à un combat de lutte dans la boue ?

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Oh, il va passer à l’histoire, c’est certain. Mais pour les mauvaises raisons.

Ce fut laid, très laid.

Le genre de combat où tant les combattants que les spectateurs ont envie d’aller prendre une douche dès la fin du dernier round.

Donald Trump, plus incontrôlable que jamais, a utilisé le manuel dont il se sert depuis son entrée en politique.

Agressif, cinglant, il a tenté d’intimider tant Joe Biden que le modérateur. Il a transformé le débat en spectacle cacophonique.

Un spectacle affligeant… mais pas étonnant.

Ce débat fut le reflet de sa présidence.

Donald Trump aime le chaos. Il a compris depuis longtemps que c’est, pour lui, la meilleure façon de tirer son épingle du jeu.

Il n’a ni l’expérience ni les compétences nécessaires pour lui permettre de jouer sur un autre tableau. Ou d’élever son jeu. Même si ça va bientôt faire quatre ans qu’il est président !

Mais sa base, celle qu’il cajole religieusement, ne s’en soucie généralement pas. On voit donc mal comment elle pourrait le lâcher après ce débat.

Même en dépit de ses mensonges éhontés, débités un après l’autre.

Même en dépit de ses propos inacceptables sur les suprémacistes blancs.

Même en dépit des doutes qu’il laisse planer sur l’intégrité du processus électoral.

On a déjà joué dans ce film à plusieurs reprises au cours des dernières années.

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Passons à Joe Biden maintenant.

Rappel utile : il y a quatre ans, pendant la campagne électorale perdue par Hillary Clinton, l’ancien vice-président s’était emporté contre Donald Trump. « J’aimerais être encore au secondaire, je pourrais aller me battre avec lui derrière le gymnase », avait-il lancé.

C’est exactement ce qu’il a fait hier devant les caméras.

Un prétendant à la Maison-Blanche qui traite le président du « pire » que son pays n’a jamais vu, qui lui dit de « la fermer » et qui l’insulte en le traitant de clown lors d’un débat présidentiel !

Mais il faut rendre à César ce qui appartient à César.

Tout ce que Joe Biden a fait, c’est prendre une page du manuel de Donald Trump ! Il a refusé de s’en laisser imposer et a décidé de jouer sur le terrain privilégié du président, de la même façon.

Des deux candidats, il était celui qui avait le plus à perdre, car il est en avance dans les sondages depuis de nombreux mois.

On peut croire qu’il a su convaincre les Américains qu’il n’était pas « Joe l’endormi », comme aime le dépeindre le président. Qu’il a pu se défaire de cette image de septuagénaire sénile à laquelle Donald Trump tente de l’associer.

On peut aussi penser que les quelques rares fois où il a pu – sans être interrompu – parler aux électeurs en regardant directement la caméra, il a réussi à marquer des points.

Une des bonnes façons de prédire l’impact d’un débat sur la campagne d’un candidat, c’est de comparer les attentes à son égard à sa performance.

Donald Trump a été pitoyable. Plus que ce à quoi certains s’attendaient ? C’est possible – il pourrait perdre quelques plumes – mais pas sûr.

Biden, lui, a été plus dynamique et combatif que ce à quoi plusieurs s’attendaient. Ses performances – plutôt ordinaires – lors des débats démocrates et les critiques de Donald Trump au sujet de son niveau d’énergie pouvaient laisser croire qu’il ne ferait pas le poids face au président.

***

À l’issue de ce débat épouvantable, les Américains semblent ne pas avoir aimé ce à quoi ils ont assisté et conclu qu’ils méritent mieux que ça.

Si c’est vrai, il ne leur reste qu’une seule chose à faire : ne pas renouveler le mandat de Donald Trump en novembre prochain.