Le NPD va finalement appuyer le discours du Trône, ce qui lève la menace d’élections précipitées cet automne.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Tant mieux. Ce n’est pas le temps pour une campagne et ses chicanes partisanes alors que la deuxième vague commence à déferler.

Cela dit, doit-on vraiment se réjouir de la fin d’un psychodrame politique déclenché par une prorogation abusive du Parlement ? Doit-on se réjouir, autrement dit, de la fin prévisible d’une mise en scène créée de toutes pièces ?

Manifestement, l’ancien professeur de théâtre a réussi son coup. En fermant les portes de la Chambre des communes à la mi-août, Justin Trudeau a en effet chassé le scandale WE Charity (UNIS) des manchettes.

Et il a remis les projecteurs sur la pandémie, où il s’est bien sûr donné le rôle principal, celui du bon père de famille qui ne regarde pas à la dépense pour prendre soin de ses protégés.

Ce faisant, il s’est servi d’un outil parlementaire pour transformer un récit politique qui lui était défavorable en un récit dont il est l’unique héros.

PHOTO BLAIR GABLE, REUTERS

Justin Trudeau

Le discours du Trône était devenu nécessaire, précisait-il à la mi-août, pour offrir une « réimagination audacieuse de ce que le Canada peut être ».

Or, rien de nouveau dans ce long texte qui ressassait des mesures vertes déjà connues pour l’essentiel, sinon une tentative de repositionnement des forces en présence en pleine crise sanitaire.

Relisez le discours. Le premier ministre s’y est en effet placé en sauveur prêt à toute dépense et à toute chicane avec les provinces (majoritairement dirigées par des partis conservateurs) pour se porter au secours des Canadiens en ces moments de crise.

« Le temps n’est pas à l’austérité », a-t-il lancé ! Façon de se placer du côté de l’empathie et de la bienveillance, alors que son rival conservateur devient le candidat de la rigueur budgétaire et que les provinces se chicanent, avec l’appui du Bloc, au sujet d’empiétements qui n’intéressent personne.

À quoi servait donc l’adresse à la nation qui a suivi le jour même ? Encore une fois, rien de nouveau d’un point de vue politique. Rien, en tout cas, qui ne pouvait être dit lors d’une conférence de presse tenue un autre jour.

L’intérêt d’une telle adresse était ailleurs… Et si c’était simplement un piège dans lequel l’opposition est tombée ?

Justin Trudeau s’est exprimé pendant 15 minutes en se concentrant sur la crise sanitaire, puis le PCC, le Bloc et le NPD ont profité de leurs trois minutes respectives pour attaquer le discours du Trône.

Façon pour Trudeau de se placer encore une fois au-dessus de la mêlée, préoccupé par une seule chose, la pandémie et le sort des Canadiens. Pendant que ses opposants, les sourcils froncés, se chicanaient sur des enjeux politiques sans lien avec l’inquiétude du moment.

Aujourd’hui, le premier ministre peut ainsi dire mission accomplie. On ne parle plus de WE. On n’évoque plus le nom de Bill Morneau qui a démissionné dans la controverse. Et on a mis fin abruptement au travail des commissions parlementaires sur toute cette affaire.

Et en lieu et place, on débat de quoi ?

De la trop grande générosité de Justin Trudeau…