On vous comprend si vous ne savez plus à quoi vous en tenir quant au sort du populaire réseau social TikTok (avec lequel vos enfants sont probablement plus familiers que vous) et à celui de l’application WeChat chez nos voisins du Sud.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Mais permettez-nous de rappeler l’essentiel, qui demeure inchangé : Donald Trump a menacé d’interdire TikTok aux États-Unis si ce réseau n’est pas vendu à des intérêts américains et, parallèlement, on veut empêcher le téléchargement de l’application WeChat pour des raisons des sécurité nationale.

PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Icône de l'application TikTok

Une autre lubie de président américain ?

Pas cette fois.

TikTok et WeChat appartiennent à des intérêts chinois et accumulent de précieuses données au sujet de leurs usagers.

Dans le contexte géopolitique actuel et avec ce qu’on sait désormais sur la façon dont nos données peuvent être exploitées, si quelqu’un estime que ce n’est pas préoccupant, c’est qu’il vit sur la planète Mars !

Bien sûr, une guerre commerciale vicieuse fait rage entre les États-Unis et la Chine. Les décisions de l’administration américaine ne peuvent pas être analysées sans en tenir compte.

Mais nouvelle guerre froide ou non, les Américains ont de très bonnes raisons de s’inquiéter.

Les géants américains du numérique font exactement la même chose, direz-vous ? « Si c’est gratuit, c’est vous le produit », dit-on. C’est vrai avec TikTok comme avec Facebook. Les pratiques des géants américains du numérique doivent être mieux encadrées. C’est urgent.

Mais il y a aussi une différence entre être le « produit » de Facebook ou de Google et confier ses données personnelles (notamment sa voix, ses photos, tout ce qui est en lien avec ses déplacements, mais aussi ses recherches sur le web) à TikTok ou WeChat.

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, l’a illustré de façon saisissante cet été en servant une mise en garde à ceux qui installent TikTok sur leur téléphone. Vous pouvez le faire, a-t-il dit, mais « seulement si vous voulez mettre vos informations privées entre mains du Parti communiste chinois ».

Les jeunes usagers du réseau s’en rendent-ils compte ? Ont-ils pris conscience, avec le scandale Facebook-Cambridge Analytica, qu’on peut désormais se servir de données personnelles pour ébranler jusqu’aux fondements d’une démocratie ?

Certains ont fait remarquer qu’il n’existe aucune preuve que les données se retrouveront un jour entre les mains du régime chinois. Fort bien, mais il n’existe aucune preuve du contraire.

Le principe de précaution devrait donc s’appliquer pour TikTok et WeChat. D’autant plus qu’il est de notoriété publique qu’il existe en Chine une loi sur le renseignement national qui oblige les entreprises à « soutenir le travail de renseignement de l’État ».

On ne peut pas non plus faire abstraction de ce qu’on sait sur la façon dont la Chine utilise les données qu’elle recueille auprès de ses propres citoyens. Elle a mis en place un système de crédit social qui leur accorde des privilèges s’ils se comportent de façon irréprochable. Et s’ils s’écartent du droit chemin, ils seront punis.

Dieu seul sait ce que les progrès de l’intelligence artificielle leur permettront à l’avenir en la matière.

Notons aussi qu’on a fait état de cas de censure sur TikTok et WeChat. Des chercheurs du Citizen Lab de l’Université de Toronto ont même découvert que les usagers de WeChat à l’extérieur de la Chine sont non seulement surveillés, mais leurs données sont utilisées pour perfectionner la façon dont on censure les comptes des utilisateurs à l’intérieur du pays.

Découvrez le rapport (en anglais) 

Trump étant Trump, son approche musclée et maladroite dans ce dossier a été décriée, avec raison.

Mais il reste que dans cette affaire, il ne faut pas se demander pourquoi la Maison-Blanche s’inquiète, mais plutôt se questionner à savoir pourquoi le Canada, tant face aux géants chinois qu’américains, fait encore preuve d’un tel laxisme quant à la protection des données personnelles de ses citoyens.