Le processus a été inutilement houleux et inélégant, mais le résultat est là. Mardi, le comité d’experts qui conseille le gouvernement sur le choix d’un éventuel vaccin contre la COVID-19 a enfin décidé de divulguer les conflits d’intérêts potentiels qui touchent chacun de ses membres.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

La décision survient quelques jours après la démission de l’éminent infectiologue québécois Gary Kobinger qui, dans Le Devoir, a dénoncé le manque de transparence du comité dont il venait de claquer la porte.

Souhaitons maintenant que les crises de relations publiques soient terminées et qu’on reparte sur des bases plus saines.

Il est en effet important que les Canadiens fassent confiance au processus qui entoure le choix d’un éventuel vaccin contre la COVID-19. Sinon, c’est le vaccin lui-même qu’ils pourraient rejeter.

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Revenons en arrière. Au mois de juin, le gouvernement fédéral a mis sur pied un comité d’experts chargé de le conseiller sur la question des vaccins contre la COVID-19. Son rôle : cibler, parmi les très nombreux projets de recherche, les candidats-vaccins les plus prometteurs.

Cette initiative est excellente et plusieurs pays ont mis en place des comités semblables. Les recommandations du comité ont d’ailleurs conduit le gouvernement à signer des ententes avec une demi-douzaine de fabricants de vaccins.

Mais dès le départ, les communications entourant le groupe de travail ont été déficientes. Sa formation s’est faite en catimini, une omission injustifiable compte tenu du rôle crucial que joue le comité pour tous les Canadiens (quel enjeu est plus important, actuellement, que l’accès à un vaccin contre la COVID-19 ?).

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« Espérons que le groupe puisse faire son important travail sans être à nouveau distrait par les controverses », écrit notre éditorialiste.

L’existence du comité a été évoquée par la ministre fédérale de la Santé lors d’une conférence de presse le 24 juillet, mais sans aucun détail. L’expression « groupe de travail secret » est alors apparue dans la bouche de certains commentateurs et de l’opposition. Il a fallu attendre le 5 août pour que le gouvernement publie un communiqué pour annoncer l’existence du groupe et en dévoiler les membres.

On a alors appris que, parmi ceux-ci, plusieurs sont directement employés par des entreprises pharmaceutiques. D’autres sont des chercheurs universitaires, mais qui collaborent parfois avec l’industrie. Sans compter que leurs travaux de recherche sont susceptibles d’être touchés par les orientations du comité.

Il n’y a pas nécessairement de scandale ici. Il est normal que les chercheurs en immunologie aient des liens avec les entreprises pharmaceutiques, et il est essentiel qu’Ottawa puisse bénéficier de leur expertise, y compris en commercialisation de vaccins. Mais cela entraîne clairement à la fois des risques de conflits d’intérêts et un défi de communication pour le gouvernement.

Le secrétariat du comité et le ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique qui le chapeaute assurent que les conflits d’intérêts sont pris au sérieux. Tout membre doit déclarer ses intérêts et se récuser des discussions qui pourraient entrer en conflit avec eux.

Mais malgré le mandat exceptionnel du groupe de travail et le fait que l’enjeu dont il discute touche tous les Canadiens, on n’a pas cru bon, avant mardi, de dévoiler les intérêts des membres à la population.

Maintenant que c’est fait, espérons que le groupe puisse faire son important travail sans être à nouveau distrait par les controverses. Et que le gouvernement comprendra que le manque de transparence ne fait qu’alimenter la méfiance – surtout quand on parle d’enjeux qui amènent à prononcer les mots « vaccins », « sociétés pharmaceutiques » et « millions de dollars » dans la même phrase.

Consultez la liste des membres du groupe d’experts et les conflits déclarés à chacune des réunions