Il y a des mois que Justin Trudeau promet de mettre tout le poids du Canada en faveur d’un vaccin anti-COVID-19 universel, accessible et abordable.

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

Jusqu’à maintenant, ce n’étaient que des mots. Le Canada a signé quatre ententes bilatérales avec autant d’entreprises pharmaceutiques – contrats qui lui permettront d’acquérir jusqu’à 190 millions de doses de vaccins une fois que ceux-ci auront été dûment testés et approuvés.

Mais la teneur de ces contrats reste secrète. On ignore s’ils contiennent des clauses garantissant un approvisionnement minimal à des pays non développés, par exemple.

Or, d’ici une semaine, Ottawa aura l’occasion de montrer si ses bottines suivent ses babines. Ou plutôt si ses gestes sont à la hauteur de ses promesses.

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« Ottawa aura l’occasion de montrer si ses gestes sont à la hauteur de ses promesses », écrit notre éditorialiste.

C’est que le Canada a jusqu’au 18 septembre pour confirmer son adhésion à un mécanisme international visant à négocier l’approvisionnement en vaccins collectivement plutôt qu’État par État, pour obtenir de meilleurs prix et une distribution plus équitable. Et pour atténuer un peu la loi de la jungle qui régit ce secteur.

Ottawa devra à l’occasion préciser sa contribution financière à cette initiative. Bref, sortir son carnet de chèques…

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Ce n’est pas la première fois que l’on assiste à une telle opération de solidarité médicinale. Il y a une quinzaine d’années, un mécanisme semblable avait permis de rendre le vaccin contre la pneumonie plus accessible. Mais face à la pandémie de COVID-19, cette mutualisation de la solidarité prend une ampleur inédite.

L’opération se fait sous le chapeau d’un nouvel acteur, COVAX, sorte de consortium international placé sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Déjà, 80 pays riches et 92 pays pauvres ont annoncé leur intention d’y adhérer. Parmi les premiers, on retrouve aux côtés du Canada la Grande-Bretagne, l’Australie, le Portugal et la Suisse.

Habituellement, les États financent la recherche menant vers la production de nouveaux médicaments. Puis ils négocient des licences avec des pharmaceutiques qui les produisent souvent à des prix stratosphériques.

COVAX permettrait d’atténuer ces règles du jeu. Un « pool » international créerait un volume de commandes permettant de négocier de meilleurs prix. Tout en assurant une distribution planétaire pour cette pandémie qui n’épargne personne.

En contrepartie, les États accepteraient de ne pas « vider » le marché le jour où le vaccin tant attendu sera prêt. Du moins, en théorie. Car, en pratique, la solidarité a des limites. Surtout quand un des grands acteurs dans la course au vaccin a choisi de jouer tout seul dans son coin. Ce joueur, c’est Donald Trump.

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À partir du moment où le président Trump s’est mis à signer des contrats faramineux avec des géants pharmaceutiques, il a saboté la démarche de l’OMS.

Supposons que les premiers vaccins arrivent sur le marché dans huit mois ou dans un an. Imaginons maintenant que les pays signataires de COVAX doivent moduler l’administration du vaccin pour s’assurer qu’il soit distribué au même rythme partout. Comment les gouvernements des pays contributeurs au COVAX pourraient-ils justifier qu’une partie de leur population doive faire preuve de patience avant d’être immunisée… alors qu’aux États-Unis, on vaccine à tout vent ? Ce serait politiquement intenable.

De nombreux pays se sont donc lancés eux aussi à la chasse au vaccin, s’arrachant les contrats dans un grand vent de nationalisme médical.

Le Canada, lui, a choisi de jouer sur les deux tableaux. Un peu pour soi, un peu pour tous.

Pour Jason Nickerson, grand spécialiste de cette question pour Médecins sans frontières, les contrats bilatéraux sont potentiellement contradictoires avec les mécanismes de gestion collective.

Mais, en même temps, avions-nous vraiment le choix ?

Reste à savoir ce que le Canada fera de la main gauche pour renflouer la caisse de COVAX. Réponse dans une semaine.