Il ne faudrait surtout pas qu’on se souvienne de la rencontre entre François Legault et Doug Ford comme du sommet de la bière, en mettant l’accent sur la controverse suscitée par la photo des deux hommes en train de trinquer.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Ce fut plutôt, de façon incontestable, le sommet de la santé.

Parce que c’est celui qui pourrait mener à une éventuelle – et ô combien essentielle ! – hausse des transferts fédéraux en matière de santé vers les provinces.

Le premier ministre du Québec l’a illustré de la bonne façon en expliquant qu’« avant même la pandémie, le financement des services de santé était déjà dans toutes les provinces un problème très important ».

Et le coupable ne fait pas de doute. Il s’agit du gouvernement fédéral.

Petit rappel historique : en 2017, les transferts fédéraux en santé ont été renégociés, mais Ottawa avait alors le gros bout du bâton.

Si bien que malgré les efforts du bouillant Dr Barrette, Bill Morneau et Jane Philpott étaient restés de marbre. Les provinces ont dû se contenter d’une hausse annuelle de quelque 3 %.

Elles savaient pourtant que cette augmentation était inférieure à celle de leurs dépenses en santé, dont la hausse oscille entre 5 % et 6 % par année.

Ça n’a pas changé.

Et ça ne va pas changer de sitôt.

Notamment en raison du vieillissement de la population québécoise.

« Si les années 2010 ont vu les premiers boomers arriver à la retraite, les années 2020 seront marquées par une augmentation de l’espérance de vie aux grands âges, qui va s’accélérer entre 2030 et 2040. Il en résulte que la part des moins de 75 ans dans la population sera en décroissance à partir de 2030 », lit-on dans une récente analyse publiée par le CIRANO.

Le titre du document résume efficacement les conclusions des auteurs : Le Transfert canadien en matière de santé doit être bonifié afin d’assurer les services dans un contexte de vieillissement accéléré.

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Y aura-t-il quelqu’un au gouvernement fédéral au cours des prochaines semaines qui se montrera plus réceptif ?

Il faut l’espérer.

Et compte tenu des circonstances, c’est plausible.

Il y a trois ans, le front commun des provinces s’était rapidement fissuré. À Ottawa, on sait diviser pour régner. La solidarité entre François Legault et Doug Ford est donc cruciale ; la bonne entente lors du sommet était rassurante.

PHOTO CHRIS YOUNG, LA PRESSE CANADIENNE

Les premiers ministres du Québec et de l'Ontario, François Legault et Doug Ford, mardi à Toronto

Mais plus encore, le fait est que le rapport de forces entre Ottawa et les provinces s’est modifié.

D’abord en raison de la pandémie.

Les négociations des transferts en santé n’avaient pas fait couler beaucoup d’encre en 2017. L’opinion publique risque fort d’être plus attentive cette fois-ci, alors que le système de santé est au cœur des préoccupations quotidiennes d’un bout à l’autre du pays.

Ensuite, parce que les libéraux sont minoritaires. Ils doivent non seulement être attentifs aux demandes de l’opposition, mais aussi à celles de la population. Et un partage plus équitable des ressources pour la santé est une question de gros bon sens.

À cela, il faut peut-être ajouter le rôle que va jouer Chrystia Freeland, ancienne ministre des Affaires intergouvernementales nouvellement nommée aux Finances. Elle pourrait être plus sensible aux doléances des provinces que Bill Morneau.

Pour ce dernier, dit-on, la santé représentait surtout une série de colonnes de chiffres à aligner.

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En juillet dernier, les provinces ont obtenu à l’arraché un montant ponctuel de 19 milliards de la part d’Ottawa pour affronter la pandémie.

François Legault a alors déclaré qu’elles avaient « remporté la première période », tout en reconnaissant qu’il restait « encore beaucoup de temps de jeu ». Parce que le problème du sous-financement en santé, qui est pour sa part structurel, n’avait pas été réglé.

La deuxième période vient de commencer.