La lumière contre les ténèbres…

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Selon Joe Biden, c’est le choix qui s’offre aux Américains en novembre. C’est ainsi qu’il a présenté, lors de la convention démocrate, la lutte entre lui et Donald Trump.

Une variation sur le thème central qu’il développe depuis le début de sa campagne : il livre une bataille pour l’âme du pays.

On se croirait presque dans La guerre des étoiles.

Une lutte à finir entre la Force et le côté obscur de la Force.

Farfelu ? Même pas. Le contraste entre les deux candidats à la présidence, leur vision des États-Unis et le contrat social qu’ils proposent aux Américains est saisissant.

Le problème, c’est que Joe Biden n’est pas un Jedi. Il se rapproche plus de l’ancien premier ministre du Canada Joe Clark que de Luke Skywalker.

Un bon gars qu’à peu près tout le monde apprécie, en qui on peut avoir confiance même s’il lui arrive de gaffer, mais qui n’a pas pu nous convaincre qu’il avait véritablement l’étoffe d’un chef d’État.

Soyons honnête, jamais au cours des dernières décennies n’avons-nous imaginé Joe Biden à la présidence.

Ses deux précédentes tentatives pour devenir candidat démocrate, en 1987 et en 2008, ont été de cinglants échecs.

Puis, en 2016, il a de nouveau songé à se présenter à la course au leadership du Parti démocrate. Dans l’entourage de Barack Obama, on lui a rapidement fait comprendre, sondages à l’appui, qu’il allait être humilié à la fois par Hillary Clinton et par Bernie Sanders.

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Quatre ans plus tard, Joe Biden n’a pas changé.

Son pays, lui, oui. Énormément.

PHOTO KEVIN LAMARQUE, REUTERS

Joe Biden a accepté jeudi le rôle de candidat démocrate à la présidence.

C’est la raison pour laquelle le candidat démocrate à la présidence pourrait triompher. Sa décence ordinaire est désormais un atout capital contre l’ours mal léché qui occupe le bureau Ovale.

Sa fadeur est devenue un avantage alors que des millions d’Américains ont envie de calme après le vacarme assourdissant produit par Donald Trump à la Maison-Blanche.

Personne n’a tenté de changer Joe Biden au cours des derniers mois. Aucun ténor démocrate n’a essayé, lors de la convention, de dorer la pilule. Michelle Obama, qui a livré un des meilleurs discours de la semaine, a même reconnu que « Joe n’est pas parfait ». Mais il est doté « d’une humilité et d’une maturité auxquelles nous aspirons aujourd’hui et maintenant », a-t-elle soutenu.

Un vrai bon gars, pas d’alcool pas de tabac, qui a surmonté son bégaiement, la mort de sa première femme et de sa première fille au début des années 70 et, plus récemment, celle de son fils aîné.

Un bon gars qui se préoccupe depuis le début de sa carrière du sort des Américains de la classe moyenne et des plus vulnérables. Un politicien qui transpire l’humanité et qui promet de « reconstruire, en mieux » ce qui a été brisé par l’actuel président.

Et ça, on y croit. C’est plausible.

Ce que promet Joe Biden, essentiellement, c’est une version améliorée de la présidence Obama.

Poursuivre la réforme du système de santé pour le rendre plus équitable, intensifier la lutte contre les changements climatiques, tenter d’instaurer un meilleur contrôle des armes à feu, lutter contre les inégalités raciales. Avec l’objectif ultime d’unifier un pays dont les divisions sont devenues des plaies béantes.

Sur le plan international, il s’agit de redorer le blason des États-Unis et de renouer avec le multilatéralisme comme en 2008 lorsque le tandem qu’il formait avec Barack Obama a remplacé George W. Bush et Dick Cheney. Le Canada, à l’instar des autres démocraties occidentales, bénéficierait assurément d’un retour de Joe Biden à la Maison-Blanche, cette fois comme président.

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La question, maintenant, est de savoir si un nombre suffisant d’Américains auront envie de voter pour un bon gars qui ne leur propose rien de plus enlevant qu’un retour en arrière.

Car si le discours de Joe Biden à la convention a été très bon, surpassant les attentes, le politicien démocrate n’est pas soudainement devenu plus charismatique.

Si ce qu’il promet est très rassurant, il peine encore à susciter l’engouement et la passion.

Autre obstacle en vue : Donald Trump, dont la convention commence lundi, lui réserve assurément un « chien de sa chienne ».

Raison de plus pour que les démocrates ne tiennent rien pour acquis.

Washington n’est pas Hollywood, où les films se terminent toujours bien et où la lumière l’emporte sur les ténèbres. L’histoire nous a appris qu’à l’issue de la course à la Maison-Blanche, ce n’est pas forcément le bon gars qui triomphe.