La France le fait. L’Allemagne, le Royaume-Uni, la Russie et les États-Unis le font aussi. Et l’Australie. Même le Kazakhstan et la Moldavie le font. Mais pas le Canada.

Agnès Gruda
Agnès Gruda La Presse

De quoi s’agit-il ? Du rapatriement de ces milliers de personnes coincées depuis près de 18 mois dans des prisons et des camps insalubres dans le nord-est de la Syrie.

Ils ont été capturés à Baghouz lorsque cet ultime repli du groupe État islamique en territoire syrien est tombé, en février 2019. Depuis, quelque 14 000 hommes, femmes et enfants d’origines diverses sont détenus par les responsables kurdes qui ne rêvent que d’une chose : se débarrasser de ces prisonniers et de ces réfugiés encombrants.

Une vingtaine de pays ont entrepris de les rapatrier, en commençant par les enfants et leurs mères. Le Canada, lui, fait comme si le sort de ces Canadiens ne le concernait pas.

Le groupe de Canadiens est relativement petit. Au total, 47 personnes : huit hommes, 13 femmes et 26 enfants. La majorité des enfants ont moins de 6 ans. Parmi ces derniers, il y a une petite orpheline, surnommée Amira, retrouvée l’an dernier alors qu’elle errait sur la route après une frappe aérienne dans laquelle elle a perdu ses parents.

PHOTO DELIL SOULEIMAN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Une enfant circule dans le camp d’Al-Hol, en Syrie.

Amira est née en Syrie de parents canadiens. Ses grands-parents vivent à Toronto ainsi qu’un de ses oncles, qui déplace mers et mondes pour la rapatrier. Sans résultat.

Découragée, la famille de la petite a intenté une poursuite contre le gouvernement canadien pour l’obliger à offrir une assistance à la fillette. Ils demandent au Canada d’émettre un document de voyage d’urgence pour Amira et de faire une requête officielle auprès des responsables kurdes leur demandant de la laisser partir. Comme l’ont fait d’autres pays pour rapatrier leurs ressortissants.

Ottawa soutient qu’en absence de représentants consulaires en Syrie et vu l’insécurité qui règne dans la région, aggravée par la pandémie de COVID-19, cette opération est pour l’instant impossible.

Pourtant, d’autres pays qui n’ont pas non plus de représentation diplomatique en Syrie et qui font face aux mêmes conditions sur le terrain ont entrepris de rapatrier leurs citoyens.

D’accord, les États-Unis ont une présence militaire sur le terrain. Mais justement, l’armée américaine a mis sur pied un groupe de travail pour aider les autres pays à rapatrier leurs ressortissants. Pourquoi ne pas en profiter ?

Le cas d’Amira est particulièrement pathétique, mais d’autres Canadiens partagent son sort et subissent des conditions épouvantables. Parmi eux, il y a une poignée d’anciens combattants de l’EI qui mériteraient d’être rapatriés pour être jugés.

Il y a aussi, surtout, leurs femmes et leurs enfants parqués dans des camps où « les latrines débordent, les ordures jonchent le sol et les maladies sont fréquentes », selon un rapport récent de Human Rights Watch.

D’après le Croissant Rouge kurde, depuis un an, 517 adultes et 371 enfants sont morts à Al-Hol, le plus populeux de ces camps – celui où vit la petite Amira. Voilà qui en dit long sur les conditions qui y règnent.

Dans son rapport publié fin juin, Human Rights Watch somme le Canada de rapatrier ses ressortissants. En novembre 2019, l’institut de recherche International Crisis Group avait déjà plaidé en faveur du rapatriement des ressortissants étrangers coincés en Syrie. La rapporteure spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Agnès Callamard, a elle aussi appelé Ottawa à rapatrier les Canadiens partis combattre avec l’EI.

Mais depuis la chute de cette organisation djihadiste, Ottawa a opté pour la politique de l’autruche. Qu’ils soient d’ex-djihadistes, des femmes plus ou moins endoctrinées ou des enfants qui ne sont pas responsables de leur sort, ces 47 ressortissants canadiens ne vont pas se volatiliser pendant qu’Ottawa regarde ailleurs. Il est plus que temps de sortir la tête du sable !