L’appel a été lancé samedi. Allez vous faire tester, a demandé le DDavid Kaiser, de la Direction régionale de santé publique de Montréal, aux clients qui avaient profité de la réouverture récente des bars.

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

Son message avait des accents d’urgence. Des foyers d’infection ont été trouvés dans quelques boîtes de nuit. Il fallait agir vite pour éviter la propagation du coronavirus.

L’appel a été massivement entendu. Des milliers de jeunes adultes ont afflué, dès lundi, vers les rares cliniques de dépistage de la métropole. Ils ont bien du mérite : encore mercredi, le temps d’attente y était interminable.

À l’Hôtel-Dieu, la file faisait près d’un kilomètre. La clinique de dépistage devait ouvrir à 10 h. Plusieurs étaient venus dès 8 h pour être sûrs de pouvoir subir le test. Ils en avaient pour plus de quatre heures d’attente.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Encore mercredi, le temps d’attente était interminable aux cliniques de dépistage de la métropole, déplore notre éditorialiste. Ici, à l’Hôtel-Dieu de Montréal.

Même scénario rue Chauveau, près du Parc olympique, où la clinique n’ouvrait qu’à midi. Au moins quatre heures d’attente, aussi, au CLSC de Montréal-Nord. Et personne pour offrir une solution de rechange ou diriger les gens vers une éventuelle clinique moins fréquentée.

Récapitulons : samedi, la Santé publique lance un appel urgent au dépistage. L’appel est suivi avec enthousiasme. Quatre jours plus tard, sur le terrain, les ressources étaient largement insuffisantes.

Combien de jeunes adultes, de ceux que l’on cherchait à joindre et qui étaient prêts à passer sous l’écouvillon, sont rentrés chez eux, bredouilles, découragés par les files interminables ?

La capacité de tester est supérieure au nombre de tests effectués, mais n’est pas toujours déployée au bon endroit, a déploré, mardi, le premier ministre Legault. La Ville a offert des sites et des autobus, a assuré une Valérie Plante indignée, mercredi. Malgré cela, l’opération dépistage était complètement embourbée.

En quatre mois de pandémie, Montréal n’en est pourtant pas à sa première opération de dépistage. Comment se fait-il que quatre jours après l’appel du DKaiser et alors que le nombre de contaminations quotidiennes continue de grimper (le taux de tests positifs a triplé, passant de 1 à 3 %), on n’ait pas encore réussi à arrimer les ressources avec les besoins ?

La responsabilité de ce cafouillage incombe en partie à la bureaucratie dysfonctionnelle du réseau de la santé, notamment à Montréal. C’est que la Direction de santé publique de la métropole relève d’un des CIUSSS régionaux, celui du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. En même temps, ce CIUSSS ne chapeaute pas l’ensemble de l’opération de dépistage. En cette matière, chaque centre de santé et de services sociaux fait cavalier seul et organise ses prélèvements de son côté.

À supposer qu’une des cliniques de dépistage soit moins débordée, il n’y aura personne pour vous en faire part et vous y diriger. Vous continuerez à poireauter sous le soleil de juillet. Pour la coordination, on repassera.

PHOTO PEDRO PARDO, AGENCE FRANCE-PRESSE

« Il faudra repenser cet organigramme qui ne tient pas la route », écrit Agnès Gruda.

Un jour où la COVID-19 nous donnera un peu de répit, il faudra repenser cet organigramme qui ne tient pas la route. En attendant, une autre question se pose : comment se fait-il qu’il ait fallu quatre jours et beaucoup de montées de lait pour qu’enfin, mercredi soir, la santé publique annonce l’ouverture, dès jeudi, de deux cliniques supplémentaires à Montréal ? On ne pouvait vraiment pas y penser plus tôt ? Prolonger les heures d’ouverture des cliniques existantes ?

Cette déconnexion entre le message et la réalité a malheureusement un prix : des gens qui sont peut-être porteurs du virus ne le sauront pas, ou l’apprendront trop tard, au risque de le propager autour d’eux.