Hong Kong n’est plus Hong Kong. Oubliez ça. C’est fini.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

En l’espace de quelques jours, on a pu prendre la mesure du changement qui s’est effectué dans la foulée de l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale imposée par le régime chinois.

Des protestataires ont été interpellés. D’autres ont décidé de fuir le territoire, assurément terrifiés à l’idée de ce qui pouvait leur arriver. Et des scènes dignes de figurer dans le roman 1984 de George Orwell ont eu lieu…

On a retiré des bibliothèques des livres jugés susceptibles de violer la loi. On a ensuite demandé aux écoles de faire la même chose. Les livres des militants prodémocratie figurent, bien sûr, parmi les ouvrages mis à l’index.

« Un pays, deux systèmes », ce principe qui devait être appliqué à Hong Kong pendant 50 ans à partir du moment où le Royaume-Uni a restitué ce territoire à Pékin en 1997, vient de voler en éclats.

Ce n’est pas étonnant. Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping à la tête de l’État chinois, le pays affirme ses ambitions, son pouvoir et sa volonté de domination avec une fermeté croissante.

PHOTO VINCENT YU, ASSOCIATED PRESS

Un manifestant a maille à partir avec les autorités policières, le 1er juillet dernier à Hong Kong.

Ce durcissement va de pair avec la dégradation de ses relations avec les démocraties occidentales et une hostilité croissante à leur égard.

Le Canada a d’ailleurs été une nouvelle fois dénoncé par Pékin lorsqu’il a suspendu son traité d’extradition avec Hong Kong, la semaine dernière, ainsi que ses exportations de matériel militaire et de biens sensibles.

C’était pourtant, disons-le, une décision opportune de la part d’Ottawa. Le prix de la liberté est la vigilance éternelle ; on ne pouvait pas rester stoïques face à ce qui vient de se passer à Hong Kong. D’autres représailles pourraient d’ailleurs être envisagées de concert avec nos alliés. Le ministre des Affaires étrangères, François Philippe Champagne, a évoqué cette possibilité mercredi.

On peut donc penser que notre relation avec la Chine va continuer de se détériorer. « Le Canada devra en assumer toutes les conséquences », a déclaré dès lundi le porte-parole de la diplomatie chinoise. Il a fait planer la menace d’éventuelles « mesures complémentaires » contre notre pays.

Ça ne veut pas dire qu’il faudrait courber l’échine, au contraire. Les spécialistes de la Chine vous diront que les pays qui optent pour la soumission s’exposent en général à d’autres mesures répressives par la suite.

Mais ça ne veut pas dire non plus qu’il faudrait cesser de dialoguer avec la Chine et penser qu’on ne peut pas améliorer notre relation. Il y a encore des enjeux multilatéraux sur lesquels on peut collaborer avec le pays, les changements climatiques au premier chef.

Il serait utile de s’inspirer de l’ancien premier ministre Brian Mulroney. La semaine dernière, il a invité le gouvernement Trudeau à « repenser urgemment » sa relation avec la Chine.

Selon lui, Ottawa devrait au préalable obtenir l’avis d’un comité d’experts sur la question. Ceux-ci pourraient notamment examiner « comment les autres pays occidentaux réadaptent leurs stratégies pour faire face à l’agressivité de Pékin qui s’intensifie », a-t-il suggéré.

Des experts ? Riche idée. On devrait leur demander de se prononcer rapidement. Si on se fie à l’échec lamentable de la stratégie mise en place pour obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, force est d’admettre que le gouvernement Trudeau aurait tout avantage à solliciter l’éclairage de spécialistes de la Chine pour mettre au point une stratégie efficace et cohérente.

Depuis que Meng Wanzhou a été interpellée par les autorités canadiennes et que deux Canadiens ont été arrêtés par Pékin, les réactions à Ottawa ont pris la forme d’une valse-hésitation. Ce qui signifie, notamment, que le gouvernement n’a pas encore tranché à savoir si Huawei pourra participer à l’implantation du réseau 5G au Canada.

La Chine, d’où est issue la pandémie qui nous met aujourd’hui à genoux, a changé du tout au tout au cours de la dernière décennie. Son attitude face à Hong Kong en est le plus récent exemple… et certainement pas le dernier.

D’où l’importance de se donner très rapidement les moyens de mieux gérer notre relation avec cette nouvelle Chine.