Les bars constituent-ils par nature des foyers de propagation virale ?

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

Certains d’entre eux, sûrement. Pas tous. Il y a un monde entre les établissements dont les clients s’agglutinent au comptoir dans une explosion de décibels et les bistrots où l’on déguste un verre de vin autour d’une table éloignée des tables voisines…

Reste que les scènes observées depuis que la vie nocturne a repris au Québec sont inquiétantes.

La fréquentation des clubs de nuit a favorisé des poussées de COVID-19 un peu partout sur la planète, y compris dans un pays modèle dans la lutte contre la pandémie comme la Corée du Sud.

À la mi-mai, alors que ce pays rouvrait son économie, un homme ayant fait la tournée des bars de Séoul a créé à lui seul un important foyer de contagion dans une ville qui n’avait pas vu un seul cas depuis des jours.

Début juillet, le Japon a connu une poussée virale liée à des boîtes de nuit fréquentées par de jeunes adultes, qui comptent pour 80 % de cette nouvelle vague d’infection.

Et c’est sans parler des nombreux cas où des bars logés près de campus universitaires américains ont donné un nouveau souffle au coronavirus. Comme à East Lansing, au Michigan, où un pub a été lié à 140 nouveaux cas de COVID-19.

Plusieurs États américains viennent d’ailleurs de décréter la fermeture de bars et restaurants. Pour éviter d’en arriver là, il faut agir. Le gouvernement Legault a plus que raison de vouloir serrer la vis aux établissements qui défient les règles sanitaires. De nombreux tenanciers de bars se sont adaptés à la situation et applaudissent à l’idée d’une meilleure surveillance, inspections et amendes à l’appui.

Qu’on le veuille ou non, quand la conviction ne suffit pas, les sanctions constituent une excellente arme dissuasive. L’idée étant de faire barrière au virus sans pénaliser tout un secteur d’activité.

PHOTO FRANÇOIS LENOIR, ARCHIVES REUTERS

« On aurait tort de braquer tous les projecteurs sur les bars », précise notre éditorialiste.

D’autres mesures peuvent contribuer à freiner la spirale de la contagion. Baisser le volume des haut-parleurs, comme le suggère l’épidémiologiste Nimâ Machouf. Quand on n’a pas besoin de hurler et de se coller pour s’entendre, la distanciation est plus facile.

Bonne idée aussi de favoriser les terrasses ou les tables près des fenêtres ouvertes. Il fait beau, profitons-en. On pourrait aussi avancer la fermeture des bars à une heure où les inhibitions n’ont pas encore fondu dans l’alcool.

En Colombie-Britannique, bars et restaurants tiennent un registre de clients, question de circonscrire rapidement les éclosions virales. Québec rejette l’idée. Pourtant, le retraçage rapide, c’est la clé de la lutte contre l’épidémie.

Cela dit, la base, ça reste de sévir contre les établissements délinquants en mettant la clé sous la porte s’il le faut.

Mais on aurait tort de braquer tous les projecteurs sur les bars. N’oublions pas que la récente éclosion en Montérégie a pris origine dans des fêtes privées, plus difficiles à encadrer que des commerces. On y a déjà recensé une trentaine d’infections, contractées en majorité dans des maisons privées.

Plusieurs pays vivent actuellement les contrecoups du déconfinement, et les sources d’infection sont multiples. En Australie, une vague de contaminations dans des immeubles résidentiels a forcé le gouvernement à reconfiner tout un État, celui de Victoria, avec des restrictions beaucoup plus sévères qu’au printemps.

En Israël, qui se bat contre une résurgence de l’épidémie, les premiers cas sont apparus dans une école.

Pour éviter une flambée, le Québec n’a pas le choix. Oui, il doit sévir contre les bars trop imprudents. Peut-être aussi intervenir quand des open house échappent à tout contrôle.

Mais devant tous ces pays « verts » qui sont en train de virer au rouge, l’alerte doit rester générale. Comme semble l’avoir compris l’administration Plante, à Montréal, avec son intention de rendre le port du masque obligatoire dans tous les lieux publics fermés.

Toronto le fait, Ottawa le fait, Montréal le fera dès la fin de juillet. Il était temps.