Vous portez un masque à l’épicerie, vous restez sagement assis quand vous êtes au resto avec des amis et vous respectez scrupuleusement la distanciation physique ?

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Bravo ! Vous allez contribuer à réduire la propagation du coronavirus et la perte de vies humaines… mais vous pourriez aussi faire économiser 250 milliards au gouvernement fédéral, et donc à nous tous, contribuables, s’il n’y a pas un deuxième confinement généralisé.

Entre 250 et 265 milliards, c’est le coût financier de la COVID-19 jusqu’ici pour le gouvernement fédéral depuis la mi-mars.

On aura un chiffre plus précis mercredi quand le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, fera le portrait des finances publiques fédérales. On en a déjà une bonne idée, remarquez. En juin, le Directeur parlementaire du budget estimait que le déficit fédéral serait d’au moins 256 milliards en 2020-2021. Avec les nouvelles dépenses annoncées depuis, ça nous amène autour d’un déficit d’au moins 295 milliards à Ottawa en 2020-2021, dont 267 milliards à cause de la COVID-19 et 28 milliards déjà prévus avant l’arrivée de ce foutu virus.

Mais dans les faits, le chiffre qui sera annoncé par le gouvernement Trudeau ne correspondra pas au déficit fédéral à la fin de l’année. Ce sera plutôt le déficit… accumulé jusqu’à la fin du mois d’août (après 5 mois sur 12, parce que l’année financière du gouvernement commence le 1er avril).

À moins que le ministre Morneau dispose d’une machine à voyager dans le temps, il ne sait pas si l’économie canadienne reprendra comme prévu à l'automne. Et surtout, s’il y aura une deuxième ou une troisième vague de contamination et de confinement. Il faut toutefois des lunettes roses pour penser que 100 % de l’économie restera ouverte en tout temps jusqu’à l’arrivée d’un vaccin. Le mieux, c’est d’espérer des confinements de courte durée localisés dans une région ou limités à des secteurs économiques précis.

Peu importe l’évolution du virus, il faudra donc qu’Ottawa continue à soutenir l’économie. Le fédéral ne dépense pas cet argent, votre argent, pour le plaisir : il veut aider les Canadiens touchés par la crise, mais il veut aussi s’assurer que les conditions soient réunies pour la relance économique.

À court terme, l’état de l’économie est plus important que la taille du déficit. Ça ne sert à rien d’avoir un endettement public faible si l’économie s’écroule. Le Canada a été l’un des pays du G7 les plus généreux en termes d’aide économique durant la COVID-19 (12,1 % de la taille de son économie). Ça coûte cher, mais rester les bras croisés aurait été pire à long terme.

Ensemble, les deux principaux programmes de soutien (la Prestation canadienne d’urgence et la subvention salariale) coûtent environ 30 milliards par mois. Ne vous étonnez pas qu’Ottawa les reconduise, au moins en partie, à l'automne. À la fin de l’année, le déficit pourrait donc être de 400 milliards, de 500 milliards, voire de 600 milliards s’il y a un deuxième confinement général ! Mais Ottawa n’a pas de problème à emprunter pour l’instant et il peut le faire à des taux très faibles (0,6 % actuellement).

À cause de la COVID-19, la dette fédérale totale est passée de 706 à 962 milliards. Le fédéral pourrait-il crouler sous le poids de sa dette ? Non. Du moins pas à court terme. Advenant un scénario pessimiste (apocalyptique, diront certains) où Ottawa fait un déficit de 500 milliards en 2020-2021 (donc une dette totale de 1200 milliards), son ratio dette/taille de l’économie serait alors d’environ 56 % du produit intérieur brut (PIB) si l’économie tient bon. C’est presque deux fois plus que l’an dernier (31 % du PIB), mais c’est aussi plus faible qu’au milieu des années 90 alors qu’on avait atteint 67 % du PIB. Comme pour les années 90, Ottawa devra passer la décennie suivante à réduire sa dette, ce qui impliquera inévitablement des choix budgétaires difficiles après la crise de la COVID-19.

Mais avant de se préoccuper de l’état des finances publiques en 2030, il faut se donner une chance de relancer l’économie sur des bases solides.

On ne peut pas changer le coût de la COVID-19 — d’abord en vies humaines, ensuite sur le plan économique — jusqu’à maintenant. Mais on peut le réduire pour l’avenir si on porte le masque et si on respecte les consignes sanitaires.

Si vous n’avez pas l’altruisme de le faire pour les autres, dans ce cas, faites-le pour vous comme contribuable. Car la facture de l’imprudence, de l’insouciance ou du je-m’en-foutisme se chiffrera en centaines de milliards de dollars à Ottawa.