Le Canada vient d’être humilié pour la deuxième fois de suite à l’ONU.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

La première gifle, en 2010, avait fait très mal, mais celle d’hier est encore plus douloureuse.

Parce qu’il y a dix ans, on s’en souvient, le gouvernement de Stephen Harper n’avait pas d’atomes crochus avec l’ONU. Sa vision du multilatéralisme était bancale. À New York, on en venait à se demander : « Où est le Canada ? »

Cinq ans plus tard, fraîchement élu, Justin Trudeau répondait publiquement à cette question dérangeante. Le Canada « est de retour », annonçait-il. Le pays allait se remettre à jouer un rôle constructif incontestable sur la scène internationale.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Pour la deuxième fois depuis 2010, le Canada a échoué à décrocher le siège non permanent qu’il briguait au Conseil de sécurité des Nations unies. « Le gouvernement Trudeau n’a pas su se hisser à la hauteur de ses propres ambitions », constate notre éditorialiste.

Ce n’était pas une promesse d’ivrogne. Il a rapidement redressé la barre. Il a fait des gestes pour redorer le blason du Canada sur la scène internationale (un des premiers et des plus retentissants aura été d’orchestrer l’accueil de réfugiés syriens). Il s’est engagé auprès de l’ONU pour défendre la paix et la sécurité.

Ces changements ont été remarqués. L’an dernier, un chroniqueur du New York Times, Nicholas Kristof, a écrit « Remercions Dieu pour le Canada ! ». Il estimait que le pays était en train d’« émerger en tant qu’autorité morale du monde libre ».

Le vote de mercredi signifie cependant que ces changements n’ont pas été suffisants. Le Canada fait bien, mais il peut faire mieux, c’est pourquoi il ne siégera pas au Conseil de sécurité.

Le ministre François-Philippe Champagne a refusé hier de conjecturer au sujet de ce qui a nui au Canada, mais a promis qu’une réflexion serait menée à ce sujet. On peut déjà lui suggérer plusieurs pistes à explorer.

La participation du Canada aux opérations de paix, d’abord. Que ce soit les longues tergiversations avant de choisir le pays où déployer les soldats canadiens ou encore la timidité de notre engagement, tant sur le plan du nombre de militaires que de la durée de la mission.

La faiblesse des sommes consacrées par Ottawa à l’aide publique au développement n’a certainement pas aidé. L’objectif de 0,7 % du revenu national brut investi – fixé par l’ONU et préconisé par l’ancien premier ministre Lester B. Pearson – est loin d’avoir été atteint. L’aide atteignait 0,27 % l’an dernier, ce qui signifie qu’il « a baissé » depuis l’arrivée des libéraux au pouvoir, a évalué le directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal, François Audet. Tant la Norvège que l’Irlande sont plus généreuses.

Dans ces deux dossiers, le discours officiel des dernières années à Ottawa – d’ailleurs repris par le ministre Champagne hier à New York – est que l’important, ce n’est pas tant l’ampleur de nos engagements, mais leur « impact ».

Le vote d’hier semble démontrer que la communauté internationale ne partage pas cet avis.

Des hypothèses, il y en a d’autres. Notamment le fait que Chrystia Freeland, qui occupait le poste de ministre des Affaires étrangères avant François-Philippe Champagne, n’a pas semblé prendre la mesure des enjeux liés à l’obtention du siège au Conseil de sécurité (obsédée qu’elle était par le sauvetage de la relation canado-américaine).

Le fait, aussi, qu’Ottawa s’opposait (ou s’abstenait) systématiquement à l’ONU quand étaient votées les nombreuses résolutions au sujet d’Israël et des territoires palestiniens. Ce positionnement hérité de l’ère Harper a été la règle sous les libéraux jusqu’en novembre dernier.

Et n’oublions pas le soutien accordé aux pays africains. Le Canada a été éclipsé par la Norvège quant à sa présence sur ce continent, à qui Justin Trudeau n’a peut-être pas consacré assez de temps.

À la décharge d’Ottawa, le Canada partait avec deux handicaps sérieux.

Premièrement, il a annoncé sa candidature sur le tard. Ses deux rivaux ont eu plusieurs années de plus pour se préparer. Deuxièmement, dans le cadre du vote, il se retrouve dans un groupe régional en compagnie des pays européens. Et ceux-ci semblent avoir tendance à voter en bloc pour soutenir les candidats de leur région.

Cela dit, ces facteurs étaient connus lorsqu’Ottawa a posé sa candidature. Les efforts déployés pour les surmonter n’ont donc pas été suffisants.

La barre était haute, très haute, c’est vrai. Mais Justin Tudeau avait réussi à nous faire croire que ce n’était pas une bataille perdue d’avance. Le constat est d’autant plus implacable : son gouvernement n’a pas su se hisser à la hauteur de ses propres ambitions.